La conservation des milieux naturels est au cœur des priorités de nombreuses municipalités. Elle inclut trois catégories de pratiques: la restauration, la protection et l’utilisation durable. Ce dossier spécial démystifie l’utilisation durable des milieux humides et hydriques, offre des pistes concrètes pour la mettre en œuvre à travers les outils d’aménagement du territoire et met en lumière des cas inspirants du Québec et d’ailleurs.
La conservation des milieux naturels est au cœur des priorités de nombreuses municipalités. Elle inclut trois catégories de pratiques: la restauration, la protection et l’utilisation durable. Ce dossier spécial démystifie l’utilisation durable des milieux humides et hydriques, offre des pistes concrètes pour la mettre en œuvre à travers les outils d’aménagement du territoire et met en lumière des cas inspirants du Québec et d’ailleurs.
Utiliser un milieu humide (p. ex. marais, tourbière) ou hydrique (p. ex. cours d’eau, rive, zone inondable) permet de profiter de certains services écosystémiques rendus par ces écosystèmes aux sociétés humaines. Par exemple, on s’y promène pour observer la nature et les paysages, on y navigue ou on y récolte des végétaux.
En plus de ces contributions directes et visibles aux sociétés humaines, les milieux humides et hydriques jouent d’autres rôles critiques dans l’ombre, notamment en régulant le cycle de l’eau et le climat et en luttant contre la pollution de l’eau et l’érosion.
Or, au Québec comme ailleurs, ces milieux font face à de multiples menaces pouvant conduire à leur perte (p. ex. lorsqu’un milieu humide est remblayé) ou à leur dégradation (p. ex. lorsque des polluants se retrouvent dans un cours d’eau). La conservation de ces écosystèmes par leur utilisation durable est l’une des façons d’éviter que ces menaces se concrétisent. Il s’agit d’une forme de solution fondée sur la nature pour faire face aux changements climatiques et au déclin de la biodiversité.
La notion d’utilisation durable de la biodiversité fait partie du vocabulaire des institutions internationales de la conservation de la nature depuis plus d’une cinquantaine d’années. Autant l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) que les conventions intergouvernementales sur les zones humides et sur la diversité biologique ont pris position et élaboré des lignes directrices à ce sujet. Par exemple, plusieurs catégories de gestion des aires protégées suggérées par l’UICN incluent différents types d’utilisation. La place accordée à l’utilisation durable témoigne de la variété des pratiques de conservation, allant bien au-delà de la «cloche de verre» apposée sur un milieu naturel.
Selon la définition la plus reconnue au Québec, l’utilisation d’un service rendu par un milieu naturel est durable lorsqu’elle «ne cause pas ou peu de préjudice à l’environnement ni d’atteinte significative à la biodiversité» (Limoges et collab., 2013).
Concrètement, plusieurs utilisations des milieux humides et hydriques sont susceptibles d’être durables dans le contexte québécois, comme celles permettant de continuer à bénéficier:
des contributions matérielles de ces milieux, p. ex. la pêche, l’acériculture et l’aménagement forestier;
des contributions immatérielles de ces milieux, p. ex. l’observation de la nature, la randonnée pédestre, la baignade et la navigation;
des contributions régulatrices de ces milieux, p. ex. la régulation des crues et le support aux pollinisateurs.
Le seuil de durabilité à ne pas dépasser correspond à la capacité de support de l’écosystème, tel qu’illustré sur le schéma ci-dessous:
L'état écologique d'un milieu naturel et les types de conservation. Source: Vivre en Ville.
L’utilisation durable est un choix légitime de conservation pour plusieurs milieux humides ou hydriques, dépendant des objectifs de leur conservation, des particularités du territoire où ils se trouvent et des dynamiques entre les acteurs qui les fréquentent.
Pour approfondir ces notions théoriques, consultez:
Démystifier l’utilisation durable des milieux naturels. Un article qui décortique la définition du concept.
La conservation des milieux humides et hydriques par leur utilisation durable: Un plan A ou un moindre mal? Un article abordant quatre motivations pouvant mener à choisir la conservation par l’utilisation durable.
[À venir à l’automne 2025] Les utilisations des milieux humides et hydriques susceptibles d’être durables. Un article proposant une typologie des utilisations durables en contexte québécois.
Les instances municipales ont de multiples occasions de contribuer à la conservation de la biodiversité. L’une d’elles consiste à mettre en œuvre les plans régionaux des milieux humides et hydriques, élaborés en vertu de la Loi sur l’eau, en encadrant les utilisations possibles de ces milieux naturels à travers les outils d’aménagement du territoire comme le schéma d’aménagement et de développement, le plan d’urbanisme et la réglementation (p. ex. sur le contrôle intérimaire, l’abattage d’arbres, le zonage, les permis et certificats, les plans d’implantation et d’intégration architecturale).
[À venir à l’automne 2025] Trois boîtes à outils en aménagement du territoire sur des thématiques incontournables:
L’accès à l’eau et la pratique d’activités aquatiques en milieu hydrique
L’accès à la nature et la pratique d’activités récréotouristiques en milieu humide
Les projets de villégiature à proximité des milieux humides et hydriques
Bien que les outils d’aménagement du territoire soient indispensables pour favoriser l’utilisation durable des milieux humides et hydriques, leur portée peut être renforcée et complétée par une diversité de mesures comme la sensibilisation, la formation, des programmes d’aide financière ou des partenariats avec des organismes de conservation.
Face à une notion aussi complexe, il est utile de s’intéresser à des cas concrets de sites faisant l’objet d’utilisations susceptibles d’être durables pour en tirer des apprentissages. Le répertoire Résilience face aux inondations comprend plusieurs projets inspirants en matière d’utilisation durable de milieux humides ou hydriques.
Au Québec et au Canada:
Terrebonne, Québec: restauration d’un milieu humide et aménagement d’infrastructures récréotouristiques au parc de conservation du ruisseau de Feu
Sainte-Marie, Québec: restauration d’un marais et rétablissement des fonctions écologiques du site au Domaine Taschereau
[À venir à l’automne 2025] Gatineau, Québec: création d'un milieu humide sur une terre agricole pour concilier gestion de l'eau, agriculture et conservation dans la réserve naturelle du marais Trépanier
Truro, Nouvelle-Écosse: retrait de la digue de protection et restauration de marais côtiers
Vancouver, Colombie-Britannique: création d'un milieu humide dans une ancienne plaine inondable pour contribuer à gérer les eaux pluviales dans un jardin communautaire
Ailleurs dans le monde:
Bridgwater, Royaume-Uni: restauration d’une plaine inondable par la création d'un milieu humide aux portes de la ville
Péninsule de Steart, Royaume-Uni: submersion volontaire de terres agricoles pour créer un marais côtier, grâce à un réalignement côtier
Rennes, France: réaménagement d'une zone inondable dégradée pour en faire un espace multifonctionnel urbain
[À venir à l’automne 2025] Quatre études de cas aborderont l’utilisation durable des milieux humides ou hydriques sous la loupe de thèmes d’intérêt:
La résilience des territoires
Les structures de gouvernance
La conciliation de la conservation avec les pratiques agricoles
Cette initiative est financée par le Fonds bleu dans le cadre du Plan national de l’eau de la Stratégie québécoise de l'eau, qui déploie des mesures concrètes pour protéger, utiliser et gérer l'eau et les milieux aquatiques de façon responsable, intégrée et durable.
Elle est réalisée avec l’appui du ministère de l’Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs.
