Accès à la nature et activités récréotouristiques en contexte de conservation
Impacts à prendre en compte pour favoriser une utilisation durable des milieux humidesDans un contexte où les instances municipales sont appelées à mettre leurs outils d’aménagement du territoire au service de la conservation des milieux humides, faciliter l’accès à la nature et permettre la pratique d’activités récréotouristiques peut participer à leur utilisation durable. Une compréhension préalable des différentes dimensions de cette décision et de ses impacts potentiels sur les milieux naturels est essentielle.
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Date de publication 4 décembre 2025Date de mise à jour 22 janvier 2026
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Une volonté grandissante de donner accès à la nature
Dans les dernières années, entre autres depuis l’adoption du cadre mondial pour la biodiversité de Kunming-Montréal, les engagements en matière de conservation de la nature s’accompagnent souvent d’une volonté d’en améliorer l’accès au bénéfice des populations. C’est d’ailleurs le cas du Plan nature 2030 du gouvernement du Québec, une politique-cadre dont le nom assez explicite témoigne de cette ambition de conciliation: Conserver la biodiversité et favoriser l’accès à la nature (Québec. MELCCFP, 2024). De fait, les bénéfices socioculturels permis par les activités récréotouristiques font partie des services écosystémiques fondamentaux que rendent les milieux naturels, et notamment les milieux humides (Tuffnell et Bignon, 2019).
L’accès à la nature constitue en ce sens un enjeu en matière de santé et de qualité de vie. Avoir accès à des espaces à caractère naturel permet de pratiquer des activités de plein air qui contribuent à un mode de vie physiquement actif, de bénéficier de l’effet réparateur du contact avec la nature et d’entrer en contact avec d’autres personnes à travers des activités de loisir (Vivre en Ville, 2022). Les activités récréotouristiques, comme le plein air, l’observation de la faune ou la chasse et le piégeage représentent par ailleurs des moteurs de vitalité socioéconomique pour certains territoires (Chaire de tourisme Transat ESG UQAM, 2017; Québec. MELCCFP, 2023; Parcs régionaux du Québec, 2025).
Ceci dit, les écosystèmes de certaines régions vulnérables, comme les régions côtières, montagneuses, nordiques et insulaires, ont connu les effets dommageables du développement touristique (Tranquard, 2020). Les milieux humides et hydriques s’avèrent particulièrement fragiles, ce qui commande de ne pas sous-estimer les impacts d’utilisations qui peuvent d’emblée paraître durables.
À leur échelle, les MRC et les municipalités sont ainsi appelées à se demander comment allier la conservation des milieux humides et hydriques et les activités récréotouristiques et comment minimiser les impacts des pratiques et des infrastructures que l’accès à la nature implique.
Des activités récréotouristiques dans et près des milieux humides
L’accès à la nature et les activités récréotouristiques peuvent d’abord renvoyer aux activités récréatives, que le gouvernement du Québec (Québec. MAMH, 2024) distingue entre:
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les activités intensives: «activités récréatives de plein air se pratiquant dans un espace relativement circonscrit, nécessitant l’aménagement et l’utilisation d’équipements et d’infrastructures permanents qui peuvent générer des nuisances, une forte concentration d’utilisateurs ou une pression significative sur l’environnement (ex. : centre de ski avec remontée mécanique, parc aquatique, centre de détente, etc.)»;
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et les activités extensives: «activités récréatives de plein air se pratiquant sur un vaste territoire, nécessitant l’aménagement d’équipements ou d’infrastructures permanentes (légères), mais qui n’engendrent pas une concentration ou une pression importante sur l’environnement».
Cet article portera plus particulièrement sur le second type, davantage susceptible d’être durable par définition. On y inclut notamment la randonnée de tout type, l’observation de la faune, la chasse, le piégeage et la cueillette. Ces pratiques nécessitent par ailleurs certaines infrastructures pour se réaliser, comme des routes et des voies d’accès, un bâtiment d’accueil, un stationnement et des sentiers divers.
Pour ce faire, elles supposent l’accès à des écosystèmes divers. Le présent article s’intéressera spécifiquement aux activités récréotouristiques se déroulant en milieux humides et à proximité. Les milieux humides se superposent néanmoins parfois au littoral, aux rives, aux zones inondables et aux zones de mobilité d’un cours d’eau. Dans ces cas, les MRC et les municipalités gagnent à considérer également l’encadrement spécifique aux milieux hydriques.
Les différents types de milieux humides peuvent être concernés par une utilisation durable relevant des activités récréotouristiques: marécages, tourbières, marais, étangs, ou même mosaïques ou complexes de milieux humides. Les activités pratiquées dans leur emprise et à leur pourtour tout comme les aménagements qu’elles impliquent peuvent varier entre autres selon les caractéristiques du milieu (p. ex. ses périodes d’inondation ou sa végétation) et la saison.
Parc des Marais du Nord. Source: Vivre en Ville.
Les impacts écologiques de l’accès à la nature et des activités récréotouristiques
De manière générale, on peut considérer que l’accès à la nature et les activités récréotouristiques peuvent générer les impacts écologiques suivants sur les milieux humides:
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des impacts sur la biodiversité:
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la dégradation d’habitat ou de populations floristiques ou fauniques (p. ex. piétinements, prélèvements non durables, matières résiduelles, implantation d’équipements, etc.);
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l’introduction d’espèces exotiques envahissantes;
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le dérangement de la faune (p. ex. diminution du succès reproducteur) ou déclenchement de comportements anormaux (p. ex. se rapprocher des humains);
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la fragmentation de l’habitat;
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des impacts sur la qualité de l’eau:
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le relargage potentiel de matières résiduelles ou de contaminants permanents des infrastructures ou personnes fréquentant le site;
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l’accélération de l’érosion dans les sentiers et autres voies de circulation,
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l’augmentation de la quantité de matières en suspension dans l’eau dûs à l’érosion accélérée des sentiers;
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des impacts sur l’hydrologie:
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la perte de superficie par la construction ou l’implantation de voies de circulation ou équipements et l’augmentation du ruissellement associé;
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le compactage et la mise à nue des sols par l’implantation des sentiers ou voies de circulation;
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la réduction du lien hydrologique entre différentes zones par l’implantation de certaines infrastructures.
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Ces impacts varieront selon différents facteurs, notamment:
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pour les pratiques: la saisonnalité des activités, l’utilisation des sentiers, le recours à des équipements motorisés et le prélèvement de ressources;
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pour les infrastructures impliquées: l’utilisation d’infrastructures existantes, l’implantation de nouvelles infrastructures, leur forme, leur ampleur, leur tracé, leurs matériaux, leur dispersion dans le secteur et leur entretien.
Encadrer pour minimiser les impacts
Bien que le récréotourisme soit généralement considéré comme compatible avec la conservation des milieux humides, les pratiques et les infrastructures que ces activités impliquent ne sont pas sans impact sur leur intégrité. De manière générale, l’expérience montre que les activités récréotouristiques peuvent nuire à l’intégrité des écosystèmes si elles sont trop peu ou mal encadrées.
Les MRC et les municipalités gagnent donc à planifier et encadrer l’accès à la nature et aux activités récréotouristiques dans et près de ces milieux en considérant leurs caractéristiques spécifiques. Elles en favoriseront ainsi une utilisation durable, où s’allient conservation et vitalité socioéconomique.
Références
CHAIRE DE TOURISME TRANSAT ESG UQAM (2017). Étude des clientèles, des lieux de pratique et des retombées économiques et sociales des activités physiques de plein air, Montréal, Chaire de tourisme Transat ESG UQAM [PDF]. 188 p.
PARCS RÉGIONAUX DU QUÉBEC (2025). Étude des retombées économiques, sociales et environnementales des parcs régionaux du Québec, Parcs régionaux du Québec (PARQ) [PDF]. 31 p.
QUÉBEC. MELCCFP [MINISTÈRE DE L'ENVIRONNEMENT, DE LA LUTTE CONTRE LES CHANGEMENTS CLIMATIQUES, DE LA FAUNE ET DES PARCS] (2024). Conserver la biodiversité et favoriser l’accès à la nature. Plan nature 2030, Gouvernement du Québec, ministère de l'Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs [PDF]. 72 p.
QUÉBEC. MAMH [MINISTÈRE DE L’ENVIRONNEMENT, DE LA LUTTE CONTRE LES CHANGEMENTS CLIMATIQUES, DE LA FAUNE ET DES PARCS] (2023). Retombées économiques des activités de chasse, de pêche, de piégeage et d’observation de la faune au Québec en 2022, Gouvernement du Québec, ministère de l'Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs [PDF]. 27 p.
QUÉBEC. MAMH [MINISTÈRE DES AFFAIRES MUNICIPALES ET DE L’HABITATION] (2024). Orientations gouvernementales en aménagement du territoire, Gouvernement du Québec [PDF]. 151 p.
TRANQUARD, Manu (2020). «L’épuisabilité des ressources naturelles comme pierre d’achoppement du développement: exemplification théorique dans le domaine du tourisme de nature», Vertigo, vol. 20, no 3. [DOI: 10.4000/vertigo.29265]
TUFFNELL, Frédérique, et Jérôme BIGNON (2019). Terres d’eau, terres d’avenir, rapport remis au Premier ministre et au Ministre d’État, ministre de la Transition écologique et solidaire [PDF]. 108 p.
VIVRE EN VILLE (2022). Collectivités en santé: guider les municipalités dans l'aménagement de milieux de vie favorables à la santé, au bien-être et à la qualité de vie, 64 p. (coll. Vers des collectivités viables) [vivreenville.org].
Projet «L’utilisation durable des milieux humides et hydriques sous la loupe de l’aménagement du territoire»
Cette initiative est financée par le Fonds bleu dans le cadre du Plan national de l’eau de la Stratégie québécoise de l'eau, qui déploie des mesures concrètes pour protéger, utiliser et gérer l'eau et les milieux aquatiques de façon responsable, intégrée et durable.
Elle est réalisée avec l’appui du ministère de l’Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs.

