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Les milieux humides et hydriques et les enjeux de leur conservation

Quels sont ces écosystèmes? Quelles contributions risque-t-on de perdre si leur dégradation se poursuit? 

Vivre en Ville

Les milieux humides représentent 11% du territoire québécois, et il est certain que les milieux hydriques sont encore plus vastes (Québec. MELCCFP, s. d.). Ces milieux sont particulièrement fragiles, mais aussi très utiles. Soumis à de nombreuses menaces, ils nécessitent aujourd’hui une attention particulière qui fait l’objet d’obligations légales pour les MRC et les municipalités, par le biais des orientations gouvernementales en aménagement du territoire (OGAT) et de l’obligation de réaliser un plan régional des milieux humides et hydriques (PRMHH).

Des écosystèmes diversifiés et complexes 

Le Québec est particulièrement riche en milieux humides et hydriques. Les identifier, les délimiter et comprendre leur fonctionnement sont quelques-uns des défis à surmonter pour réussir à les conserver.

Milieux humides et hydriques: définitions légales et types

Les milieux humides et hydriques sont définis dans la Loi sur la qualité de l’environnement (Québec, 2025a) comme «des lieux d’origine naturelle ou anthropique qui se distinguent par la présence d’eau de façon permanente ou temporaire, laquelle peut être diffuse, occuper un lit ou encore saturer le sol et dont l’état est stagnant ou en mouvement. Lorsque l’eau est en mouvement, elle peut s’écouler avec un débit régulier ou intermittent».

Les milieux hydriques comprennent les lacs et cours d’eau, y compris intermittents, mais aussi le littoral, les rives, les zones inondables et les zones de mobilité d’un cours d’eau (Québec. MELCCFP, 2025).

Les milieux humides, quant à eux, sont caractérisés par une dynamique fortement influencée par la présence d’eau, notamment des sols hydromorphes, et une végétation dominée par des espèces hygrophiles, qui croissent spécifiquement dans des habitats humides (Québec. MELCCFP, 2021). Selon leurs caractéristiques et leur végétation, ils sont classés en quatre catégories, dont certains peuvent être boisés ou ouverts

  • étang: milieu ouvert recouvert d’eau dont la profondeur en étiage est inférieure à deux mètres, qui peut être saisonnier (comme les étangs vernaux), caractérisé par une végétation aquatique flottante ou submergée; 

  • marais: milieu ouvert inondé de façon permanente ou temporaire, dominé par une végétation herbacée, un sol organique ou minéral, une végétation ligneuse sur moins de 25% de sa surface, et souvent associé aux zones fluviales, riveraines et lacustres;

  • marécage: milieu boisé soumis à des inondations saisonnières ou caractérisé par un sol saturé en eau de façon permanente ou temporaire et comportant une végétation ligneuse, arbustive ou arborescente, croissant sur un sol minéral;

  • tourbière: surface de terrain recouverte de tourbe, résultant de l’accumulation de matière organique partiellement décomposée, dont la nappe phréatique est habituellement au même niveau que le sol ou près de sa surface, et pouvant être ouverte ou boisée (Québec. MELCCFP, 2021).

Malgré ces définitions légales et des critères clairs concernant les composantes eau, sol et végétation, leur identification et leur délimitation ne sont pas toujours simples, dans la mesure où ces milieux sont particulièrement dynamiques et changeants. Pellerin et Poulin (2013) rappellent qu’une particularité des milieux humides est précisément de se trouver en transition entre des milieux terrestres et aquatiques. De plus, les milieux humides peuvent être connectés, ou même se superposer aux milieux hydriques, comme dans le cas de milieux humides en rive ou en zone inondable. 

L’eau: un facteur de complexité des milieux humides et hydriques

La compréhension des dynamiques particulières du cycle de l’eau est prépondérante pour la prise en compte des milieux humides et hydriques dans les décisions concernant le territoire. 

Plusieurs facteurs conditionnent leur présence en contexte naturel: régime hydrologique, climat, processus de formation des sols, géomorphologie ou encore topographie. De plus, leurs conditions hydrologiques sont influencées par plusieurs paramètres, dont leur connexion possible aux eaux de surface ou aux eaux souterraines, la variabilité journalière, saisonnière ou annuelle des régimes hydrologiques, et leur mode d’alimentation en eau. Cet ensemble de conditions façonne des milieux particulièrement dynamiques et complexes, constituant des habitats riches et précieux pour la biodiversité (Québec. MELCCFP, 2021). 

La disposition des milieux humides et hydriques est également à prendre en compte à différentes échelles. Selon leurs types et leur proximité, ils peuvent par exemple former des complexes de milieux humides, c’est-à-dire plusieurs types de milieux humides juxtaposés (Québec. MELCCFP, 2021). La complexité inhérente à la circulation de l’eau implique de prendre en compte leur localisation, leur répartition et leurs connexions, qui influencent leur approvisionnement en eau et les éventuelles perturbations de ces milieux.  Pour cette raison, le Québec exige la gestion de l’eau par bassin versant par l’entremise de la Loi affirmant le caractère collectif des ressources en eau et favorisant une meilleure gouvernance de l'eau et des milieux associés.

Des milieux dont nos collectivités dépendent 

Les services rendus par les milieux humides et hydriques

Comme tous les milieux naturels, les milieux humides et hydriques fournissent des services écosystémiques aux sociétés humaines: plus encore, leur rôle dans la production de ces services est plus important que tout autre écosystème, rendant leur conservation capitale. Ils sont par ailleurs critiques pour certains services en particulier, notamment ceux liés aux cycles hydrologiques (Secrétariat de la Convention Ramsar, 2025). Ainsi, ils génèrent en particulier (Secrétariat de la Convention de Ramsar, 2025): 

  • des contributions régulatrices, comme:

    • la régulation du cycle de l’eau, dont la mitigation des inondations et sécheresses, en permettant le stockage, la rétention, le relargage, l’infiltration et le transport de l’eau, notamment grâce aux sols des différents types de milieux humides et aux différentes morphologies des milieux hydriques;

    • la lutte contre la pollution de l’eau, par la rétention et la filtration des sédiments, polluants et nutriments grâce aux sols et à la végétation des milieux humides et des milieux hydriques;

    • la régulation du climat, au niveau local par l’ombrage et l’évapotranspiration permise par la végétation et l’eau, et au niveau global par la séquestration de carbone, très importante dans ces zones;

    • la lutte contre l’érosion, en stockant l’excédent d’eau et en ralentissant l’eau grâce à leur végétation, agissant ainsi comme rempart pour protéger les berges, en eau douce comme en milieu côtier;

  • des contribution matérielles, notamment:

    • l’approvisionnement en nourriture, en fournissant des habitats pour le poisson ou le gibier, mais aussi en permettant certaines formes d’agriculture ou de cueillette, par exemple le pâturage, le fourrage ou la culture de canneberges;

    • la production de matériaux comme le bois ou les fibres, mais aussi la formation de minerai ou de tourbe et la production d’énergie;

    • l’approvisionnement en eau, en rendant disponible, filtrant et transportant l’eau;

  • des contributions immatérielles, telles que:

    • le support pour la biodiversité, en particulier les espèces dépendantes spécifiquement de ces milieux;

    • une multitude d’avantages socioculturels et économiques, liés à la qualité des paysages, à l’opportunité de profiter d’activités récréatives comme la pêche ou la baignade, aux valeurs spirituelles, etc.

Les fonctions qui permettent de générer ces avantages sont reconnues, pour la plupart, dans la Loi affirmant le caractère collectif des ressources en eau (Québec, 2025b).

Des personnes profitent des berges du Saint-LaurentLes milieux humides et hydriques offrent de nombreuses contributions aux sociétés humaines. Certaines de ces contributions sont moins visibles (stockage du carbone, lutte contre la pollution) alors que d'autres sont fortement recherchées et contribuent à l'identité d'un territoire (lieu d'activités récréatives et dimension esthétique). Source: Vivre en Ville. 

Une grande variabilité d’un écosystème à l’autre

Tous les types de milieux humides et hydriques ne rendent pas exactement les mêmes services, et leurs caractéristiques (localisation, topographie, etc.) impactent aussi le niveau de service qu’ils peuvent rendre. Par exemple, les marais et marécages situés en zones inondables ont une capacité importante de rétention de l’eau et contribuent à limiter les inondations, alors que des marécages en dehors des zones inondables ne jouent pas ce rôle. Il en est de même pour les tourbières, dont les capacités à retenir l’eau diffèrent selon leur type, et donc des rôles variables dans la prévention des inondations (RIISQ, 2021). Ainsi, il est d’autant plus important de bien connaître les caractéristiques et la localisation dans le bassin versant des milieux humides et hydriques sur un territoire.

Réduire la pression sur les milieux humides et hydriques

Des menaces de sources diverses

Comme beaucoup de milieux naturels, plusieurs menaces guettent les milieux humides et hydriques. La méconnaissance des fonctions des milieux humides est une des causes, au cours des dernières décennies, des nombreuses pertes de ces écosystèmes, en particulier en raison du changement d’usage des terres, du contrôle des niveaux d’eau (p. ex. le drainage et les barrages hydroélectriques) et des changements climatiques (Canada. FTPTGC, 2010). 

Au Québec, les principales activités identifiées comme sources de dégradation des milieux humides sont l’agriculture et la sylviculture. Les dégradations liées aux secteurs industriel, commercial et résidentiel (p. ex. le remblayage et l’extraction) représentent quant à eux environ un dixième des pertes (Pellerin et Poulin, 2013). Ces multiples pressions sont à l’origine d’une répartition inégalitaire des milieux humides au sein du territoire québécois: s’ils représentent 11% de la surface de tout le territoire, les milieux humides ne couvrent que 9,5% du territoire dans les Basses-terres du Saint-Laurent (Pellerin et Poulin, 2013). Cette sous-représentation dans les régions les plus peuplées du Québec est problématique sur plusieurs plans: d’abord parce qu’ils sont essentiels pour la biodiversité de la région, mais aussi parce qu’ils produisent des services nécessaires aux collectivités.

Les milieux hydriques font face à d’autres types de menaces, notamment liées à la baisse de la naturalité des rives, aux modifications morphologiques des cours d’eau et à la diminution de la qualité des eaux sur les plans physicochimiques, bactériologiques et des pesticides. Ces menaces sont principalement liées à certaines pratiques agricoles, mais aussi aux débordements des systèmes d'égouts (Québec. MELCCFP, 2025). 

Ces enjeux sont donc directement liés aux façons d’habiter et d’utiliser le territoire. À l’échelle du Québec et à l’heure des crises globales interconnectées, les conséquences de la dégradation des milieux humides et hydriques provoquent l’érosion des services écosystémiques et diminuent notre résilience collective face aux bouleversements en cours, avec des conséquences probables ou déjà avérées sur notre qualité de vie et sur notre économie.

Ruisseau dégradé en milieu agricoleCertaines pratiques agricoles font peser de lourdes pressions sur les milieux humides et hydriques. Aujourd'hui, de plus en plus de projets naissent de la collaboration entre le monde agricole, les organismes de conservation et les collectivités pour diminuer ces pressions. Source: Vivre en Ville. 

En route vers une meilleure prise en compte

Une meilleure prise en compte de ces milieux est donc souhaitable pour l’ensemble du territoire québécois. Depuis quelques années, une prise de conscience collective combinée à de nouveaux mécanismes légaux trace cette voie. Ainsi, l’approche de gestion intégrée de l’eau par bassin versant, mise en place depuis une vingtaine d'années au Québec, est une première étape pour assurer la gestion cohérente des milieux humides et hydriques (ROBVQ, s. d.).

Ensuite, avec la Loi affirmant le caractère collectif des ressources en eau et favorisant une meilleure gouvernance de l'eau et des milieux associés de 2017, le dialogue autour de la gestion des milieux humides et hydriques s’est élargi. Cette loi reconnaît les contributions de ces milieux et promeut une gestion intégrée, prenant en compte l’intégralité des activités et des composantes de tous les milieux associés à l’eau. Elle confie aux MRC la responsabilité de favoriser la conservation de ces milieux, notamment via l’obligation d’élaborer et de mettre en œuvre un plan régional des milieux humides et hydriques (PRMHH). Ces plans régionaux sont voués à favoriser la conservation des milieux, à travers la protection, l’utilisation durable et la restauration, et visent l’objectif de zéro perte nette (Québec, 2025b).

Alors même que la majorité des PRMHH ont été approuvés, les MRC doivent à présent les mettre en œuvre. Elles ont identifié tout un champ d’actions possibles pour ce faire: accompagnement de propriétaires, sensibilisation de la population, acquisitions de propriétés à conserver, partenariats avec des acteurs du milieu, etc. Les outils d’aménagement du territoire tels que la planification et la réglementation restent des moyens privilégiés, et pourraient être amenés à jouer un rôle accru dans la conservation des milieux humides et hydriques.

Ruisseau et espace vert dans un quartier résidentielUn milieu hydrique génère plusieurs contributions (qualité du cadre de vie, socialisation, éducation, rafraîchissement), mais il doit pour cela être préservé des diverses pressions et intégré aux pratiques d'aménagement. Source: Vivre en Ville.


Références 

CANADA. FPTGC [FEDERAL, PROVINCIAL AND TERRITORIAL GOVERNMENTS OF CANADA] (2010). Biodiversité canadienne, état et tendances des écosystèmes en 2010. [PDF] 158 p. 
QUÉBEC. MELCCFP [MINISTÈRE DE L’ENVIRONNEMENT, DE LA LUTTE CONTRE LES CHANGEMENTS CLIMATIQUES, DE LA FAUNE ET DES PARCS] (2021). Identification et délimitation des milieux humides du Québec méridional. [PDF] 119 p.
QUÉBEC. MELCCFP [MINISTÈRE DE L’ENVIRONNEMENT, DE LA LUTTE CONTRE LES CHANGEMENTS CLIMATIQUES, DE LA FAUNE ET DES PARCS] (s.d.). Conservation des milieux humides et hydriques, Québec, Ministère de l’Environnement, de la Lutte contre les Changements Climatiques, de la Faune et des Parcs. [https://www.environnement.gouv.qc.ca/eau/rives/milieuxhumides.htm] (consulté le 16 juin 2025).  
QUÉBEC. MELCCFP [MINISTÈRE DE L’ENVIRONNEMENT, DE LA LUTTE CONTRE LES CHANGEMENTS CLIMATIQUES, DE LA FAUNE ET DES PARCS] (2025). Rapport sur l’état des ressources en eau et des écosystèmes aquatiques du Québec 2025, Ministère de l’Environnement, de la Lutte contre les Changements Climatiques, de la Faune et des Parcs. [PDF] 480p. 
PELLERIN, Stéphanie, et Monique Poulin (2013). Analyse de la situation des milieux humides au Québec et recommandations à des fins de conservation et de gestion durable, Ministère du Développement durable, de l’Environnement, de la Faune et des Parcs [MDDEFP]. [PDF] 104 p. 
PUYDARRIEUX, Philippe et William BEYOU. (2017). L'évaluation française des écosystèmes et des services écosystémiques : cadre conceptuel. France, Ministère de l'environnement, de l'énergie et de la mer, en charge des relations internationales sur le climat. [PDF] 87 p.
QUÉBEC (2025a). Loi sur la qualité de l’environnement. À jour au 1er janvier 2025.
QUÉBEC (2025b). Loi affirmant le caractère collectif des ressources en eau et favorisant une meilleure gouvernance de l’eau et des milieux associés. À jour au 1er janvier 2025.
RIISQ [RÉSEAU INONDATIONS INTERSECTORIEL DU QUÉBEC] (2021). Les milieux humides peuvent-ils réduire les inondations ? [https://riisq.ca/fr/2021/03/24/les-milieux-humides-peuvent-ils-reduire-les-inondations/] (consulté le 30 juillet 2025). 
ROBVQ [REGROUPEMENT DES ORGANISMES DE BASSINS VERSANTS DU QUÉBEC] (s. d.). La gestion intégrée de l’eau par bassin versant - GIEBV. [https://robvq.qc.ca/la-giebv/] (consulté le 31 juillet 2025).
SECRÉTARIAT DE LA CONVENTION RAMSAR (2025). Perspectives mondiales des zones humides 2025: valoriser, conserver, restaurer et financer les zones humides, Gland, Suisse, Secrétariat de la Convention Ramsar. [PDF] 80 p. 
Contenu créé dans le cadre du

Projet «L’utilisation durable des milieux humides et hydriques sous la loupe de l’aménagement du territoire»

Cette initiative est financée par le Fonds bleu dans le cadre du Plan national de l’eau de la Stratégie québécoise de l'eau, qui déploie des mesures concrètes pour protéger, utiliser et gérer l'eau et les milieux aquatiques de façon responsable, intégrée et durable.

Elle est réalisée avec l’appui du ministère de l’Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs.

Notice bibliographique recommandée :

VIVRE EN VILLE (2025). Les milieux humides et hydriques et les enjeux de leur conservation. Carrefour.vivreenville.org.

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