Alors que les changements climatiques augmentent les risques d'inondations côtières et en eau libre à Bridgwater, la Ville a réalisé une restauration audacieuse : faire revenir l'eau dans des prairies inondables drainées situées à ses portes afin d'y créer un milieu humide.
Détails sur le projet
Statut
Complété en 2024
Porteur du projet
Wildfowl and Wetlands Trust (WWT)
Type d’aménagement de berges
Restauration écologique des plaines inondablesZones tampons ou d’expansion des cruesAménagement récréotouristique
Milieu d’intervention
Périurbain
Agricole
Contexte lié aux inondations
Située sur les rives de la rivière Parrett qui se jette dans le canal de Bristol, Bridgwater est une ville de 48 000 habitants au riche patrimoine maritime. L'eau y a toujours été omniprésente, mais les impacts des changements climatiques l’exposent fortement aux inondations.
Une exposition à différents types d'inondation
- Par submersion côtière: Bridgewater est située dans les Somerset Levels and Moors, qui sont une plaine côtière et humide où la plupart des terres se trouvent à seulement trois ou quatre mètres au-dessus du niveau de la mer. Au sein de ce territoire, Bridgwater et ses alentours sont reconnus comme l'un des secteurs les plus exposés aux inondations côtières.
- En eau libre: les changements climatiques amènent une augmentation des précipitations, ce qui se traduit dans la région par une élévation du niveau de la rivière Parrett lors des épisodes de fortes pluies. Ce phénomène est exacerbé par la forte imperméabilisation des sols qui limitent l'absorption de la pluie là où elle tombe.
Une vulnérabilité exacerbée par les aménagements passés
Bridgwater, comme ailleurs en Angleterre depuis 400 ans, est un exemple typique de milieux humides autrefois asséchés pour répondre à des besoins agricoles.
Une première inondation d'importance a eu lieu en 2012, suivie d'une autre encore plus marquante en 2014 qui a causé d’importants dégâts dans les communautés alentour. Des modélisations ont confirmé que cela a été causé par la combinaison d’une marée haute et de débits fluviaux élevés générés par des pluies exceptionnelles.
Ces événements ont amené les autorités locales à élaborer un plan d’action sur 20 ans contre les inondations, dont la mise en œuvre de ses différents volets se poursuit jusqu'à aujourd'hui. Plus tard, en 2019, le Conseil du Somerset a déclaré l'état d'urgence climatique. L'un des axes de travail identifiés est celui de l'adaptation aux risques liés aux inondations. L'année 2023 a été marquée par d'autres pluies intenses dans la région, engendrant des inondations locales.
Description du projet
En 2019, la Ville de Bridgwater s'est attelée à redonner à la plaine inondable sa capacité de stockage des eaux de crue pour mieux s'en protéger. La transformation visait à recréer un milieu humide inondable de 20 hectares situés au sud-ouest de la ville. Le terrain comportait historiquement un lit de rivière qui avait été drainé pour permettre de l'agriculture. Après la transformation, une vocation agricole de pâturage y est maintenue.
C'est le Sedgemoor District Council (aujourd'hui Somerset Council) qui est devenu le propriétaire du terrain, suite à un échange avec un promoteur immobilier dans les années 2010. L'échange a permis d'ouvrir cet espace naturel au public en déplaçant le projet immobilier.
En novembre 2023, des pelles mécaniques se sont installées dans la prairie pour y creuser des canaux et étangs. Au courant de l'hiver, ces aménagements ont commencé à se remplir d'eau, laissant apparaître un paysage de milieu humide. Au printemps 2024, de la végétation (roseaux) y a été plantée avec l'aide de bénévoles. Dès mai, celle-ci avait grandi et accueillait une riche biodiversité. Des ouvrages de régulation des eaux ont également été inclus, notamment pour augmenter le niveau d'eau dans le milieu en été et soutenir différentes espèces qui l'habitent (des invertébrés, mais aussi certains oiseaux et rongeurs).
En plus de diminuer la vulnérabilité de Bridgwater aux inondations et de créer un milieu favorisant une riche biodiversité, cette transformation visait à rapprocher la nature des habitants et habitantes de la ville. Situé à proximité du centre-ville, le lieu est accessible à pied. Différents sentiers et pontons y ont été aménagés pour le rendre accessible aux personnes en fauteuil roulant, avec une poussette ou encore à vélo. Un des objectifs du projet était de lutter contre les iniquités en termes de nature de proximité et des bienfaits qu'on lui connaît.
Avec son régime de pâturage de conservation, une visite l'été au Meads Eco-Park permet d'y côtoyer le bétail qui vient y paître. Celui-ci aide à entretenir le paysage et à créer des microhabitats.
L'implication communautaire est au cœur du projet. En plus des bénévoles qui ont pris part aux activités de plantations, des «citoyennes et citoyens scientifiques» ont été formés pour assurer un suivi de l'évolution du milieu.
Retombées
En termes de réduction des risques liés aux inondations
Il est encore tôt pour avoir des données précises à ce sujet, le projet s'étant terminé en 2023-2024. À noter que la transformation de la plaine inondable s'intègre à d'autres actions, comme la création de systèmes de gestion durable des eaux pluviales (GDEP) dans la ville.
Plus largement, un département du Somerset Council est responsable de la gestion des risques liés aux inondations. Cette équipe porte plusieurs projets comme celui de la création d'une barrière anti-marée visant à protéger Bridgwater et les communautés en amont, soit 11 300 résidences et 1 500 entreprises, lors de marées très hautes dans le canal de Bristol. Cette barrière devrait être opérationnelle en 2027 et est financée par la Environment Agency, pour un coût estimé mis à jour de 249 millions de livres sterling (eq. 449 millions de dollars canadiens en septembre 2024).
Autres co-bénéfices de la transformation
Outre la contribution à la diminution des risques liés aux inondations, le projet de Bridgwater a déjà vu des retombées en termes de biodiversité (nouvelles espèces identifiées) et d'amélioration de la qualité de vie des habitants, qui disposent désormais d'un riche milieu naturel de proximité où se ressourcer.
Autres informations
Partenaires du projet
Environment Agency, Sedgemoor District Council, The Friends of the Meads.
Coûts et financement
Le projet a pu bénéficier de financements venant du Green Recovery Challenge Fund. Ce fonds de 80 millions de livres sterling (eq. 141 millions de dollars canadiens en mars 2021), ouvert en deux phases entre 2020 et 2021 a été initié en réponse à la pandémie de COVID-19. C'est le National Lottery Heritage Fund qui l'administrait, pour le compte du Department for Environment, Food & Rural Affairs, et de ses organismes indépendants, dont Natural England, la Forestry Commission et la Environment Agency.
Le Green Recovery Challenge Fund a soutenu différents projets qui visaient à restaurer la nature, recourir à des solutions fondées sur la nature pour lutter contre le changement climatique et/ou connecter les populations à l'environnement naturel.
Liens utiles
VIVRE EN VILLE (2025). La conservation des milieux humides et hydriques par leur utilisation durable. Dossier spécial. Carrefour.vivreenville.org.
VIVRE EN VILLE (2025). Les services écosystémiques: les comprendre pour en tenir compte dans l'aménagement du territoire. Carrefour.vivreenville.org
Concernant la future barrière anti-marée du risque d'inondation
MUMBY Daniel et Ruth BRADLEY (2024, 25 septembre). «Major flood prevention scheme given government sign-off». BBC. https://www.bbc.com/news/articles/c9wk8px99gpo (consulté le 6 octobre 2025)
Située sur les rives de la rivière Parrett qui se jette dans le canal de Bristol, Bridgwater est une ville de 48 000 habitants au riche patrimoine maritime. L'eau y a toujours été omniprésente, mais les impacts des changements climatiques l’exposent fortement aux inondations.
Une exposition à différents types d'inondation
- Par submersion côtière: Bridgewater est située dans les Somerset Levels and Moors, qui sont une plaine côtière et humide où la plupart des terres se trouvent à seulement trois ou quatre mètres au-dessus du niveau de la mer. Au sein de ce territoire, Bridgwater et ses alentours sont reconnus comme l'un des secteurs les plus exposés aux inondations côtières.
- En eau libre: les changements climatiques amènent une augmentation des précipitations, ce qui se traduit dans la région par une élévation du niveau de la rivière Parrett lors des épisodes de fortes pluies. Ce phénomène est exacerbé par la forte imperméabilisation des sols qui limitent l'absorption de la pluie là où elle tombe.
Une vulnérabilité exacerbée par les aménagements passés
Bridgwater, comme ailleurs en Angleterre depuis 400 ans, est un exemple typique de milieux humides autrefois asséchés pour répondre à des besoins agricoles.
Une première inondation d'importance a eu lieu en 2012, suivie d'une autre encore plus marquante en 2014 qui a causé d’importants dégâts dans les communautés alentour. Des modélisations ont confirmé que cela a été causé par la combinaison d’une marée haute et de débits fluviaux élevés générés par des pluies exceptionnelles.
Ces événements ont amené les autorités locales à élaborer un plan d’action sur 20 ans contre les inondations, dont la mise en œuvre de ses différents volets se poursuit jusqu'à aujourd'hui. Plus tard, en 2019, le Conseil du Somerset a déclaré l'état d'urgence climatique. L'un des axes de travail identifiés est celui de l'adaptation aux risques liés aux inondations. L'année 2023 a été marquée par d'autres pluies intenses dans la région, engendrant des inondations locales.