Située en bordure de la rivière des Outaouais, particulièrement sujette aux inondations printanières, la création de marais a été une solution gagnant-gagnant et innovante pour des terres agricoles marginales qui faisaient face à des enjeux de drainage et de déprédation (surconsommation) des prairies fourragères par la bernache du Canada.
Détails sur le projet
Statut
Complété en 2002
Porteur du projet
Canards Illimités Canada
Milieu d’intervention
Agricole
Naturel
Contexte lié aux inondations
L'historique des inondations printanières le long de la rivière des Outaouais n'est pas un phénomène nouveau, mais s'est vu renforcé avec la construction de barrages hydroélectriques sur la rivière dans les années 1920. Des archives de 1928-1930 témoignent de doléances d'agriculteurs, en proie à des inondations inhabituelles de leurs terres et à une production agricole ralentie.
Aujourd'hui, treize principaux réservoirs situés dans le bassin versant de la rivière des Outaouais permettent de régulariser partiellement ses débits. La gestion collaborative de ces réservoirs est assurée par la Commission de planification de la régularisation de la rivière des Outaouais, qui compte des représentants du Québec, de l'Ontario et du Canada. Le système de réservoirs comporte malgré tout des limites, et d'importantes inondations peuvent continuer à survenir, comme ce fut le cas en 2017 et 2019.
C'est dans ce contexte territorial marqué par les inondations que se trouve le milieu humide du ruisseau Trépanier, situé dans le secteur de Masson-Angers, à environ 35 kilomètres à l'est de l’île de Hull. Jusqu'en 1997, l'avenir de ce terrain agricole était incertain en raison des enjeux de drainage et de l'impact des bernaches du Canada qui broutaient les prairies de graminées et de légumineuses. Cette année-là, le propriétaire M. Jacques Bouchard, a décidé confier la conservation de ce terrain à Canards Illimités Canada, qui en a acquis la propriété. L'objectif était de concilier des activités agricoles avec des visées de conservation.
Description du projet
Le projet initial
De 2000 à 2002, des travaux de restauration ont été réalisés sur le territoire. Deux marais peu profonds ont été créés dans le lit du ruisseau Trépanier, sur 24 hectares. D'autres petites dépressions endiguées ont également permis la création de 23 hectares de marais saisonniers, alimentés en eau par la fonte des neiges et la pluie. Ces 50 hectares de marais offrent un habitat de qualité à la sauvagine, et les 100 hectares de pâturage adjacents deviennent une aire de glanage d'importance pour la bernache du Canada en migration.
En louant une partie du territoire à des agriculteurs locaux, le pâturage de CIC répond aux besoins des producteurs agricoles pour y faire paître leur bétail. Le bétail permet de maintenir une prairie basse qui sera à son tour utilisée par la bernache du Canada lors de sa migration. Ce système de rotation permet de maximiser le potentiel agricole du terrain, tout en s'inscrivant dans des objectifs de conservation. D'ailleurs, le lieu a obtenu le statut de réserve naturelle en 2002, ce qui en a fait l'une des premières au Québec sur des terres privées.
Des mises à niveau récentes
Entre 2022 et 2023, des travaux de mise à niveau ont été entrepris afin de répondre à plusieurs enjeux environnementaux et techniques. En effet, une structure de contrôle du niveau d’eau avait été obstruée par l’activité des castors, tandis qu’une digue avait subi d’importants dommages. Ces détériorations, combinées aux fortes précipitations du printemps 2017, ont provoqué la rupture complète de la digue, entraînant le drainage total du marais.
Face à ces défis, les deux ouvrages de régulation du niveau d’eau ont été entièrement remplacés et modernisés. Ces interventions visent à garantir une meilleure résilience des infrastructures et à assurer leur durabilité à long terme.
L'aménagement de marais sur ces terres agricoles illustre une conciliation d'usages réussie entre des pratiques agricoles et des visées de conservation, le tout dans un territoire sujet aux inondations.
Retombées
En termes de réduction des risques liés aux inondations
Les marais en zone inondable jouent un rôle de stockage de l'eau, contribuant ainsi à régulariser le débit du cours d'eau lors des précipitations importantes et à réduire les inondations locales. De plus, les eaux de ruissellement du secteur agricole sont filtrées par les marais avant d'arriver dans la rivière des Outaouais. Enfin, le marais contribue également à favoriser la recharge de la nappe phréatique.
Autres co-bénéfices de la transformation
Pour les agriculteurs locataires : accès à des pâturages de bonne qualité, coût de location compétitif et gestion des troupeaux efficaces.
Pour la biodiversité : protection assurée de ce nouveau milieu propice à une biodiversité riche, qui est également une halte migratoire pour la bernache.
Autres informations
Partenaires du projet
Le concept d'aménagement a été réalisé de concert avec le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs du Québec (MFFP).
Coûts et financement
Aménagement initial:
Les compagnies Intertap Polymer Group inc. et Industries James MacLaren inc. ont participé financièrement au projet.
Réfection de 2023:
Une partie du financement vient du Projet de partenariat pour les milieux naturels (PPMN), qui est une convention de cofinancement établie entre le gouvernement du Québec et Conservation de la nature Canada (CNC) entre 2020 et 2024. Le PPMN a soutenu plusieurs initiatives au Québec.
Une autre vient d'Environnement et Changement climatique Canada (ECCC) grâce au Fond des solutions climatiques axées sur la nature, un fond de 1,4 milliard de dollars sur 10 ans, créé en 2021.
Liens utiles
VIVRE EN VILLE (2025). La conservation des milieux humides et hydriques par leur utilisation durable. Dossier spécial. Carrefour.vivreenville.org.
VIVRE EN VILLE (2025). Les services écosystémiques: les comprendre pour en tenir compte dans l'aménagement du territoire. Carrefour.vivreenville.org.
VIVRE EN VILLE (2025). Démystifier l’utilisation durable des milieux naturels. Carrefour.vivreenville.org.
DAIGLE Guillaume (2013, 24 octobre). «Conservation volontaire des milieux humides: l'expérience de Canards Illimités au Québec» [présentation Powerpoint]. Canards Illimités Canada [CIC]. https://robvq.qc.ca/wp-content/uploads/2021/10/guillaume_daigle.pdf (consulté le 1er décembre 2025)
MICHAUD André (2013, 28 mai). «L’histoire à succès en milieu agricole de la Réserve naturelle du Marais Trépanier» [présentation Powerpoint]. Canards Illimités Canada. https://robvq.qc.ca/wp-content/uploads/2021/11/andre_michaud.pdf (consulté le 1er décembre 2025)
L'historique des inondations printanières le long de la rivière des Outaouais n'est pas un phénomène nouveau, mais s'est vu renforcé avec la construction de barrages hydroélectriques sur la rivière dans les années 1920. Des archives de 1928-1930 témoignent de doléances d'agriculteurs, en proie à des inondations inhabituelles de leurs terres et à une production agricole ralentie.
Aujourd'hui, treize principaux réservoirs situés dans le bassin versant de la rivière des Outaouais permettent de régulariser partiellement ses débits. La gestion collaborative de ces réservoirs est assurée par la Commission de planification de la régularisation de la rivière des Outaouais, qui compte des représentants du Québec, de l'Ontario et du Canada. Le système de réservoirs comporte malgré tout des limites, et d'importantes inondations peuvent continuer à survenir, comme ce fut le cas en 2017 et 2019.
C'est dans ce contexte territorial marqué par les inondations que se trouve le milieu humide du ruisseau Trépanier, situé dans le secteur de Masson-Angers, à environ 35 kilomètres à l'est de l’île de Hull. Jusqu'en 1997, l'avenir de ce terrain agricole était incertain en raison des enjeux de drainage et de l'impact des bernaches du Canada qui broutaient les prairies de graminées et de légumineuses. Cette année-là, le propriétaire M. Jacques Bouchard, a décidé confier la conservation de ce terrain à Canards Illimités Canada, qui en a acquis la propriété. L'objectif était de concilier des activités agricoles avec des visées de conservation.