Découvrez comment utiliser ce guide pratique et mettre en application l’évaluation des paramètres, ainsi que les dessous de son élaboration.
Le guide pratique Milieux de vie complets accompagne les collectivités québécoises dans l’analyse et la compréhension de leurs territoires. Il repose sur 15 paramètres essentiels, chacun associé à des indicateurs et des cibles permettant de suivre l’évolution d’un milieu.
L'évaluation des indicateurs permet de brosser le portrait d'un territoire, révélant les forces et les faiblesses à l'échelle des voisinages. Les municipalités peuvent ainsi connaître la proportion de leur population ayant accès à des commerces et services du quotidien, à des options de mobilité efficaces, ainsi qu’à une offre résidentielle diversifiée
Guide pratique Milieux de vie complets: paramètres et méthodes d'évaluation
Parcourez l'annexe méthodologique du guide qui rassemble les méthodes d'évaluation associées à chacun des quinze paramètres du guide
En comprenant mieux leurs milieux, les municipalités peuvent orienter plus efficacement la planification, les politiques, la réglementation et les investissements pour renforcer la qualité de vie et la durabilité de leurs milieux de vie. Cela qu’il s’agisse de démarches régionales, municipales ou à l’échelle d’un quartier.
Le diagnostic aide notamment à:
identifier finement les forces et les faiblesses de chaque milieu pour chacun des paramètres;
repérer les secteurs où il est pertinent de prioriser la croissance résidentielle et d’activités, parce qu’ils sont déjà plus complets ou disposent d’un bon potentiel pour le devenir;
identifier les interventions les plus porteuses pour renforcer ces milieux;
orienter les actions selon les ressources disponibles et les spécificités locales, tout en évitant les efforts dispersés ou contradictoires.
Ce travail vient bonifier les démarches de planification existantes. Il peut éclairer une révision de plan d’urbanisme ou de schéma d’aménagement, soutenir l’établissement de cibles, ou encore servir à analyser un projet en élaboration, qu’il s’agisse d’un PPU ou d’un grand projet d’ensemble. Selon le contexte, on peut comparer l’état actuel et l’état projeté, ou bien s’appuyer sur les 15 paramètres pour structurer la réflexion et la conception.
Justement, le portrait qui en découle constitue un outil de suivi, de dialogue et de reddition de compte fort utile pour :
mesurer les progrès au fil du temps;
se fixer des objectifs réalistes et mesurables;
évaluer l’efficacité des actions mises en œuvre.
Le guide est structuré autour de 15 paramètres, regroupés en trois grandes catégories:
Habitation – pour la diversité et l’accessibilité des logements
Destinations de proximité – pour la présence d’équipements, commerces et services du quotidien
Mobilité – pour la qualité et la variété des options de déplacement
Chaque paramètre peut être analysé séparément, mais c’est leur interaction qui détermine la complétude d’un milieu. L’évaluation permet de dresser un bilan de santé du territoire à partir de ses caractéristiques physiques, d’identifier les milieux fragiles et de planifier des actions ciblées.
Chaque paramètre du guide comprend:
une introduction expliquant son importance et les enjeux associés;
un ou plusieurs indicateurs, accompagnés de cibles;
une méthode d’évaluation reposant sur une analyse géospatiale du territoire;
des mesures d’action adaptées aux réalités municipales pour améliorer l’atteinte des cibles.
Oui… mais pas partout.
Il faut être réaliste: tous les milieux ne sont pas complets, et tous ne sont pas destinés à l’être. Certains milieux habités sont trop éparpillés et n'ont tout simplement pas la densité nécessaire pour supporter tous les commerces et services de proximité. D’autre part, certains territoires accueillent des activités complémentaires essentielles, comme l’agriculture, l’industrie ou les grands équipements, qui ne peuvent coexister avec les habitations.
L’objectif n’est donc pas d’atteindre la complétude partout, mais de concentrer les efforts dans les secteurs ayant le plus grand potentiel: ceux qui accueillent une partie importante de la population et qui atteignent déjà plusieurs cibles, où les gains en qualité de vie et en durabilité seront les plus significatifs.
Les interventions pour augmenter la complétude d'un milieu doivent être ciblées pour permettre à une plus grande part de la population d'en bénéficier. Source: Vivre en Ville.
Oui. L’identification des 15 paramètres a été réalisée en considérant la réalité des petites collectivités. D’ailleurs, bien des villages atteignent un bon nombre de cibles pour une part importante de leur population, notamment en raison de la compacité du milieu habité.
Cela dit, certaines cibles resteront toutefois difficilement atteignables, en raison d’une population trop faible ou d’une situation de compétition marquée avec une ville voisine — c’est le cas, par exemple, pour le transport en commun ou les écoles secondaires.
Lorsqu'une cible n'est pas réaliste pour un milieu, il faut alors garder en tête que chaque paramètre répond d’abord à un besoin, et que le rôle des collectivités est d’y répondre au mieux de ses capacités. En ce sens, des alternatives adaptées peuvent être envisagées: transport à la demande, services mutualisés, partenariats régionaux, etc.
Pour conserver un nombre limité d’indicateurs et de cibles, le guide pratique Milieux de vie complets se concentre sur les caractéristiques physiques d’un milieu de vie qui sont essentielles pour que chaque personne puisse répondre à ses besoins quotidiens dans son voisinage. Cette base permet d'engendrer des externalités positives, qu’elles soient sociales, économiques, ou environnementales.
Certains sujets ne sont donc pas traités directement par les paramètres, sans pour autant être absents des milieux de vie complets. Voici le raisonnement derrière ces choix.
Un milieu de vie n’a pas besoin de comporter des concentrations importantes d’emplois pour être considéré comme complet. En retour, ces concentrations d’emplois doivent être facilement accessibles par le réseau de transport en commun et le réseau cyclable. Il en va de même pour les grands équipements d’enseignement, de soins de santé, de sport ou de divertissement.
Au-delà de ces concentrations, un milieu de vie complet comporte évidemment des emplois, en raison des commerces, des services et des équipements de proximité qui s’y trouvent.
Au Québec, la voiture est le mode de déplacement «par défaut», présent dans tous les milieux de vie. Par contre, ce n’est pas le cas des autres modes, comme la marche, le vélo ou le transport en commun. Sans alternative à la possession d'une voiture individuelle, une partie de la population est privée de son autonomie, dépendante d'autres personnes ou contrainte de déménager.
Les milieux de vie complets ne cherchent pas à éliminer la voiture, mais à offrir:
des options de déplacement fiables et sécuritaires;
un accès au transport collectif pour les destinations plus éloignées;
un service d’autopartage pour les besoins ponctuels.
L’environnement naturel n'est pas abordé directement dans les paramètres des milieux de vie complets, outre la présence de nature de proximité. Les milieux de vie complets contribuent toutefois directement, par leur seule existence, à la protection de l’environnement. Par exemple, l'optimisation du territoire et des infrastructures permettent de réduire la consommation de ressources, de limiter l'étalement urbain et de réduire les émissions de GES liées aux transports.
Sans aucun doute, un environnement sécuritaire est un élément de base pour le bien-être de la population. Les risques naturels et anthropiques ne constituent pas un paramètre des milieux de vie complets. Ces aspects sont généralement encadrés par des lois et sont couverts par d’autres outils de planification ou d’intervention. Des paramètres quantitatifs qui s'appliquent à l'ensemble du Québec uniformément ne permettraient pas de représenter la diversité et la complexité des risques, parfois spécifiques à une région ou très localisés. Cela dit, les paramètres retenus abordent indirectement plusieurs risques anthropiques et naturels (p. ex. l’insécurité routière, la pollution atmosphérique et le bruit environnemental par un environnement qui favorise les déplacements actifs et collectifs; les îlots de chaleurs urbains par le biais de la nature de proximité).
L’approche des milieux de vie complets se distingue d’autres approches pour différentes raisons:
Des distances variables pour tenir compte des réalités
Alors que de nombreuses approches reposent sur un temps de déplacement unique, pour un mode en particulier (p. ex. le Walk Score ©), l’approche des milieux de vie complets propose des seuils de distance différents selon les paramètres. Ce niveau de détail vise à mieux tenir compte des besoins et des capacités des différentes populations et des attentes variables selon les destinations, notamment.
La diversité des besoins en habitation
La diversité des logements et leur accessibilité sont essentielles pour pouvoir parler d’un milieu de vie complet de manière inclusive et durable. Les milieux de vie complets devraient être en mesure d’accueillir une population diversifiée, et permettre aux personnes qui y résident de continuer à vivre dans le voisinage, quel que soit leur parcours de vie.
Le lieu de résidence comme base de l'analyse
Plutôt que de considérer un territoire, l’approche des milieux de vie complets repose sur une évaluation des paramètres à partir de chaque immeuble résidentiel. Cette approche permet d’appréhender de façon très individualisée les besoins. Mais surtout, en l’appliquant de manière généralisée, elle permet d’avoir un portrait de l’ensemble des milieux. Ainsi, en réalisant l’analyse sur son territoire, une municipalité sera en mesure de connaître, secteur par secteur, la part de la population qui vit dans un milieu de vie complet.
Reconnaître les limites de la proximité pour les emplois
Comme vous l’aurez sans doute constaté, il n’est pas question d’emplois dans ce guide pratique, et la raison est simple. L’étalement des emplois sur un vaste territoire est généralement contre-productif, particulièrement en matière de déplacement. Ainsi il est préférable de miser sur des concentrations d’emplois bien desservies par les réseaux de déplacement actif et collectif plutôt que sur leur éparpillement ou sur une structure trop polycentrique.
Pour évaluer la complétude des milieux de vie de manière concrète, l’approche de ce guide repose sur une analyse centrée sur les personnes. Pour cette raison, l’analyse prend comme point de départ chacun des immeubles résidentiels du territoire analysé.
Pour chacun de ces immeubles, on évalue l’atteinte de la cible associée aux paramètres. Cette analyse se fait paramètre par paramètre, à la recherche d’un résultat binaire, à savoir si la cible est atteinte, ou non.
Cette première étape permet de voir la répartition géographique des immeubles qui atteignent la cible pour un paramètre donné, et non sur le nombre de logements (ni de ménages ni d’individus) qui y parviennent, puisqu’un immeuble peut comporter plusieurs logements. Elle ne permet donc pas une lecture directe de la population qui a accès à la caractéristique évaluée.
Pour visualiser la proportion des logements qui atteignent chaque cible, les résultats doivent être agrégés par zones, selon l’une des deux approches suivantes:
Bien qu’elle corresponde mieux à la lecture traditionnelle des milieux de vie et aux habitudes de planification, l’approche par territoire présente le risque de masquer des différences au sein même d’un secteur. Pour cette raison, l’approche par territoire gagne à être utilisée de manière complémentaire à celle par maillage.
L’évaluation des indicateurs repose sur l’établissement de bassins de marche en prenant les immeubles résidentiels comme point d’origine.
La mesure de la distance est effectuée selon le réseau réel de déplacement (rues et sentiers piétonniers), et non à vol d’oiseau, ce qui permet de mieux refléter la véritable accessibilité physique, particulièrement dans des milieux où la trame de rues est peu connectée ou impose des détours importants.
Un bassin de marche exprime l'accessibilité physique selon le réseau de rues ou de sentiers. Source: Vivre en Ville.
Le manque de données ne doit pas être un frein à l’analyse. Lorsque certaines informations manquent, il est possible de recourir à des sources ouvertes, des partenariats avec des organismes spécialisés ou des observations terrain. L’essentiel est de commencer l’évaluation, quitte à la raffiner au fil du temps.