Aménager et entretenir en hiver: faire fondre les obstacles
Un bon entretien hivernal des infrastructures de déplacement actif est complexe, mais essentiel pour la mobilité de toute la population.
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Auteurs Adrien Kazup , Marianne Turcotte-Plamondon , Victor Bouguin
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Date de publication 30 septembre 2026Date de mise à jour 30 septembre 2026
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L’entretien hivernal du réseau de déplacement piétonnier, cyclable, mais aussi automobile, est complexifié par plusieurs facteurs comme:
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les conditions météorologiques (type et quantité de précipitation, etc.);
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les conditions géographiques (topographie, temps d’ensoleillement, etc.);
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les capacités des équipes d’entretien (quantité de main-d'œuvre, type d’équipement, taille du budget, etc.).
Parmi ces facteurs qui influencent la qualité du déneigement, il faut également compter l’aménagement. Les liens entre le cadre bâti et l’entretien hivernal prennent trois formes:
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certains aménagements n’ont pas été pensés pour l’hiver, ce qui rend leur entretien hivernal ardu;
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certains aménagements présentent des aspects bénéfiques dont il ne faut pas se priver et auxquels l’entretien doit s’adapter;
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certains aménagements se présentent comme des obstacles que l’hiver ne fait qu’exacerber.
Aménager pour l’été ne fait pas disparaître l’hiver
Lorsque ni les conditions hivernales, ni les besoins en matière d’entretien ne sont pris en compte dans la conception des aménagements, la qualité du déneigement en pâtit.
Les abaissements de trottoir: un parcours du combattant
Les abaissements (bateaux) de trottoir sont pensés pour permettre aux piétons d’accéder aux intersections sans devoir descendre une marche. Cependant, en hiver, l’eau, la glace et la sloche ont tendance à s’accumuler à ces endroits. La profondeur des mares est souvent difficile à évaluer. Les contourner est parfois impossible et sauter par dessus n’est pas envisageable pour une grande partie de la population, en plus d’augmenter les risques de chute pour les personnes qui s’y essaient. Rebrousser chemin ou se voir contraint de se salir et de se mouiller deviennent les seules options.
Pour remédier à la situation, des bouches d’égout peuvent être aménagées aux abords du trottoir pour favoriser l’écoulement de l’eau plutôt que son accumulation. L’aménagement d’un passage piétonnier surélevé, où les puisards1 sont situés au bas de l’élévation, est une autre solution qui permet aux piétons de traverser la rue à la hauteur du trottoir, sans descendre au niveau de la chaussée.

Abaissement de trottoir inondé, glacé et difficilement contournable. Source: Vivre en Ville
Abaissement de trottoir inondé et traverse piétonne bloquée par un andain de neige. Source: Vivre en Ville

Abaissement de trottoir dégagé, mais glacé. Source: Vivre en Ville
Abaissement de trottoir inondé. Source: Vivre en Ville
Trottoir traversant bien dégagé pour traverser, une solution à envisager. Source: Vivre en Ville
Les parcours sinueux: une fausse bonne idée
L’ajout de carrés d’arbres et de fosses végétalisées le long des rues et des trottoirs est une stratégie pour offrir de l’ombre, couper du vent et augmenter les surfaces pouvant absorber l’eau de pluie. Ces deux fonctions sont particulièrement pertinentes en contexte d’adaptation aux changements climatiques. Toutefois, ajouter ces zones de végétation sur les trottoirs peut se traduire par des parcours sinueux. Ce type de configuration est délicat à déneiger, car elle impose de nombreux virages et le poids de la neige poussée par une chenillette ou un tracteur rend la tâche ardue. Le balisage de la voie à déneiger doit être fait adéquatement, car une fois le trottoir recouvert de neige, il peut être difficile d’identifier où commencent les virages. Les parcours sinueux posent également des problèmes pour assurer des déplacements sans encombres aux personnes avec des déficiences visuelles ou utilisant des aides à la mobilité2.
La végétalisation des rues n’est toutefois pas incompatible avec leur entretien hivernal bien au contraire. En plaçant les fosses végétalisées et les carrés d’arbres uniquement sur la banquette, soit l’espace entre le trottoir et la rue, on maintient le parcours du trottoir rectiligne tout en profitant de la présence et des bienfaits de la végétation. Également, il est important que ces espaces végétalisés soient plus bas que le niveau du trottoir afin d’assurer une absorption optimale des eaux pluviales ainsi que des écoulements dus à la fonte de la neige.
Image de gauche: Trottoir au parcours sinueux en raison de la disposition des fosses végétalisées.
Image de droite: Trottoir au parcours rectiligne tout en ayant des fosses végétalisées. Sources: Google Earth.
Note: La largeur de rue des deux exemples est identique.
Aménager uniquement pour l’hiver fait disparaître les bénéfices des aménagements
L’entretien hivernal est un processus complexe qui nécessite la disponibilité de véhicules spécialisés et de membres du personnel pouvant assurer leur opération ainsi que la coordination des activités, le tout en fonction des précipitations variées et imprévisibles. Les aménagements peuvent être configurés pour faciliter les opérations de déneigement. Toutefois, aménager une rue principalement pour répondre aux contraintes et préférences de son entretien hivernal prive la population des effets positifs que sa configuration pourrait lui offrir toute l’année. Voici quelques exemples.
La largeur des rues: une question de sécurité
Les rues larges facilitent l’entretien hivernal. À l’inverse, les rues plus étroites nécessitent l’envoi de véhicules de déneigement plus petits. Si ces rues sont éparpillées sur le territoire, la logistique est complexifiée et les opérations peuvent ralentir.
Cependant, les rues larges n’offrent pas les mêmes bénéfices en matière de sécurité. Les rues plus étroites contribuent à diminuer la vitesse des automobilistes, ce qui limite les risques de collisions et la gravité des blessures si elles surviennent.

Rue très large sans trottoir. Source: Vivre en Ville

Rue plus étroite avec trottoir. Source: Vivre en VilleLes bancs: des occasions de repos, nécessaires toute l’année
Les parcours rectilignes et exempts d’obstacles sont aisés à déneiger. La présence de mobilier urbain, comme des bancs ou des abribus, nécessite une plus grande attention de la part du personnel d’entretien. Pour éviter les bris en hiver, certaines municipalités condamnent des tronçons de trottoirs, retirent du mobilier pour la saison ou diminuent la vitesse des véhicules d’entretien. Cette dernière stratégie entre en contradiction avec l’instruction généralement donnée de compléter les parcours le plus rapidement possible.
Pourtant, éviter d’installer ou d’entretenir des bancs, de même que de les retirer avant l’hiver, sont des solutions qui privent tout le monde de la possibilité de prendre des pauses le long de leur parcours à pied. Ces options sont pourtant nécessaires pour encourager les personnes aînées à se déplacer à pied.
Image en haut à gauche: Largeur de trottoir pour permettre le passage de la chenillette sans encombre malgré la présence d’un banc.
Image en bas à gauche: Largeur suffisante du trottoir devant et derrière le banc pour assurer le passage de la chenillette des deux côtés.
Image de droite: Présence de glace devant un banc dont la disposition n’entrave pas le passage de la chenillette.
Sources: Vivre en Ville.
Les avancées de trottoirs: de multiples pouvoirs
La largeur du virage effectuée par un véhicule varie en fonction de sa taille. Plus elle est importante, plus la surface nécessaire pour tourner l’est également. Les intersections munies d’avancées ou de saillies de trottoir diminuent l’espace disponible pour tourner, ce qui a pour effet de ralentir la vitesse avec laquelle les véhicules amorcent le virage. Parmi les types de véhicules de déneigement, les camions de six ou dix roues pour le déblaiement ou le chargement de la neige peuvent être contraints de monter sur les avancées ou les saillies de trottoirs afin de pouvoir effectuer leur virage. Cette manœuvre peut endommager les plantes présentes lorsque les saillies sont végétalisées.
Toutefois, la présence d’avancées de trottoir augmente la sécurité lors des déplacements à pied en diminuant la distance à parcourir dans la rue. En diminuant les risques de collisions, elles sont donc bénéfiques à l’année longue.
Intersection avec saillie de trottoir adéquatement déneigée suite à des précipitations. Source: Vivre en Ville
Mixité des modes de déplacement: plus de choix et de sécurité
Les rues sans trottoir ni piste cyclable protégée sont certes plus simples à entretenir. Une voie unique pour tous les usages est entretenue par une seule déneigeuse et ne nécessite pas la coordination avec d’autres types de véhicules d’entretien. Les opérations sont également facilitées lors de la phase d’enlèvement de la neige, car les trottoirs et les pistes cyclables n’offrent pas toujours la largeur nécessaire pour que la souffleuse et le camion à neige puissent se suivre confortablement.
Cependant, autant les trottoirs que les pistes cyclables protégées (installations permanentes en béton séparant les cyclistes des automobilistes) augmentent la sécurité des cyclistes et des piétons en les séparant des automobilistes tout en augmentant la prévisibilité des mouvements des trois groupes. Leur absence soulève des questions d’équité autant en matière de sécurité que d’options de mobilité offertes.

Piste cyclable protégée déneigée. Source: Vivre en Ville

Piste cyclable protégée déneigée. Source: Vivre en Ville
Minces sont les chances que l’hiver améliore ce qui est problématique le reste de l’année
Si des aménagements nuisent aux déplacements actifs en dehors de la saison hivernale, autant au niveau de la configuration d’un lieu que de la qualité des surfaces, l’hiver risque fortement d’en exacerber les effets.

État du trottoir en saison estivale: une inclinaison importante qui peut causer un déséquilibre et un inconfort, alors qu’un poteau planté sur le trottoir crée un espace de circulation étroit qui peut empêcher une personne utilisant une aide à la mobilité de circuler. Source: Vivre en Ville

État du trottoir en saison hivernale: une partie de l’inclinaison est recouverte de neige, ce qui augmente les risques de chute; en outre, le trottoir du côté du poteau n’est pas déneigé, ce qui le rend peu praticable. Source: Vivre en Ville
Les entrées charretières: seulement avantageuses pour les automobilistes
Les entrées charretières, qui permettent aux véhicules de franchir les trottoirs, présentent déjà des inconvénients en période estivale: ils sont incommodants pour les personnes, car elles doivent composer avec les pentes, ce qui accroît le risque de chute pour celles dont l’équilibre est plus précaire. Cela accroît aussi la coordination et l'effort requis pour les personnes utilisant une aide à la mobilité. Le problème s’accentue en hiver, lorsque la présence de neige et de glace diminue l’adhérence, ce qui augmente les probabilités de chuter. Cependant, avec le passage répété des voitures, la neige s'accumule de plus en plus sur les trottoirs et les abrasifs sont déplacés en dehors de ceux-ci. Leur efficacité en est alors diminuée. Les abaissements de trottoirs peuvent également être remplis d’eau et de sloche. Les contourner n’est pas toujours possible en raison de limitations fonctionnelles ou de la présence de bancs de neige par exemple.
Aménager des trottoirs dépourvus d’abaissements, en déplaçant ces derniers sur la banquette séparant le trottoir de la chaussée, permet de maintenir les trottoirs à la même hauteur, sans inclinaison. Le parcours des personnes qui s’y déplacent est alors grandement facilité.

Abaissement de trottoir inondé, glacé et incontournable. Source: Vivre en Ville

Entretien du trottoir en moins bon état au niveau de l’abaissement. Source: Vivre en Ville
Trottoirs étroits ou encombrés: des barrières été comme hiver
Dans l’idéal, les trottoirs devraient présenter une largeur minimale de 1,8 mètre libre de mobilier ou de tout obstacle éventuel afin de permettre à deux personnes utilisant une aide à la mobilité de se croiser confortablement (Société Logique et INLB, 2014). Vivre en Ville néanmoins recommande une largeur de 2 mètres. La majorité des trottoirs n’ont pas cette largeur et certains sont si étroits qu’une seule personne utilisant une aide à la mobilité n’est pas en mesure de les emprunter. Lorsque c’est le cas, deux principales options aux conséquences négatives se présentent aux personnes:
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rebrousser chemin, ne pas atteindre sa destination et augmenter les risques d’isolement social;
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circuler dans la rue et risquer de subir une collision avec un véhicule.
Il est difficile de réaliser un entretien adéquat des trottoirs étroits. Quand la machinerie est trop large pour les emprunter, des tronçons doivent alors être abandonnés ou déneigés à la main. Cette dernière situation occasionne des délais et des coûts supplémentaires ainsi que des risques de blessures pour le personnel. L’absence d’entretien de segment élargit le nombre de personnes dont les déplacements seront affectés étant donné que se déplacer sur la neige n’est pas possible pour tout le monde.

Tronçon trop étroit pour le passage d’une personne utilisant une aide à la mobilité. Source: Vivre en Ville

Tronçon abandonné en raison du trottoir trop étroit pour le passage de la déneigeuse. Source: Vivre en Ville
Les bonnes pratiques à la rescousse de l'entretien
Au-delà de la configuration des aménagements et des processus de déneigement, d’autres stratégies sont à mettre en place pour améliorer la qualité de l’entretien.
Se donner de l’espace
La réglementation du stationnement sur rue l’hiver est un outil essentiel à privilégier pour assurer un entretien adéquat des infrastructures et limiter les coûts pour le faire, car la présence de voitures stationnées en bord de rue nuit à plusieurs étapes de l’entretien:
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en imposant aux chenillettes et aux tracteurs d’abandonner des segments de trottoirs pour éviter d’endommager les voitures stationnées;
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en empêchant les véhicules de déneigement d’entretenir le bord de rue occupé par les voitures stationnées;
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en entravant et en augmentant les délais des opérations de chargement de la neige qui nécessitent toute la largeur de la rue pour pouvoir souffler la neige dans les camions chargeurs.
Différentes formules d’encadrement sont privilégiées par les municipalités pour éviter ces situations. Certaines peuvent:
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interdire le stationnement sur rue de nuit durant toute la saison hivernale, car c’est le moment privilégié du passage des véhicules de déneigement (p. ex. Saguenay, New Richmond);
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proscrire le stationnement sur rue en tout temps et lever l’interdiction lorsqu’aucune intervention n’est prévue (p. ex. Sherbrooke);
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ou à l’inverse, interdire le stationnement sur rue uniquement durant les périodes où les véhicules d’entretien sont en service (p. ex. Québec et Montréal durant les opérations de chargement).
Se parler
Une autre bonne pratique est d’intégrer des responsables de l’entretien à chaque étape de conception des plans des nouveaux aménagements. L’objectif est de connaître leurs besoins et leurs préoccupations et d'offrir l’occasion de trouver des solutions en commun. Cela permet également aux équipes d’entretien d’être mises au courant des nouvelles configurations et de planifier à l’avance les ajustements aux parcours et à la répartition de la machinerie qu’elles nécessiteraient.
Afin de comprendre les besoins en matière de niveau d’entretien de certaines populations, la municipalité peut mener des marches exploratoires. Réunir du personnel municipal, autant de l’aménagement que de l’entretien, avec des personnes vivant avec des limitations de mobilité avec pour réaliser un parcours à pied offre une occasion d’échange et de sensibilisation aux besoins et contraintes de ces dernières.
Plusieurs pratiques gagnantes d’entretien sont mises en place par les municipalités au Québec. Cette expertise développée et adaptée aux réalités de chaque territoire peut en inspirer d’autres seulement si elle a la possibilité de circuler. Participer à des formations, suivre des conférences, prendre part à des communautés de pratiques ou tout simplement contacter directement ses homologues travaillant dans d’autres municipalités sont autant de moyens pour diffuser et partager les bonnes pratiques.
1 Fosse de drainage des eaux de surface vers les systèmes d’égouts.
2Appareil ou dispositif dont le but est de faciliter les déplacements des personnes (p. ex.: fauteuil roulant, canne, marchette, etc.).
Référence
SOCIÉTÉ LOGIQUE ET INBL [Logique et Institut Nazareth et Louis-Braille] (2014). Critères d’accessibilité universelle: déficience visuelle. Aménagements extérieurs. [PDF]. 190 p.
Projet « Des villes d’hiver pour les aîné·es : outiller les municipalités en matière d’aménagement et d’entretien hivernal du réseau piétonnier »
Cet article a été réalisé avec la participation financière du gouvernement du Québec dans le cadre du programme Québec ami des aînés (QADA).