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La démarche écoquartier en France

Leçons de plus de 15 ans d'expérience | Entrevue avec Annabelle Ferry

Comment donner envie aux acteurs locaux de s’engager dans un urbanisme plus durable? En France, la création de la démarche écoquartier a marqué un tournant. Plus de quinze ans après son lancement, le pari est-il réussi?

Les objectifs en matière de développement durable, d’environnement ou d’amélioration du cadre de vie sont très exigeants [...] On pourrait être tentés de renoncer, parce que cela coûterait trop cher, mais cela dénaturerait complètement l’ambition [...] avec une vraie gouvernance partagée, toutes les parties prenantes, on arrive justement à concilier les objectifs et l’économie du projet. »

Pour en savoir plus sur cette démarche et tirer des leçons de l’expérience française, Thalie Labonté, coordonnatrice – Relations stratégiques et communications chez Vivre en Ville, a rencontré Annabelle Ferry, à la tête de la direction Territoires et ville au Cerema.

La démarche écoquartier: une démarche évolutive  

Le Cerema est un établissement public français de référence en aménagement qui accompagne l’État et les collectivités dans la transition écologique et climatique des territoires, notamment à travers la démarche et le label ÉcoQuartier. Lancée par le gouvernement français il y a une quinzaine d’années, la démarche ÉcoQuartier visait à structurer le développement de quartiers durables à travers un référentiel commun pour les acteurs publics et privés, accompagné d’objectifs et d’indicateurs partagés. 

Le fait d’avoir porté cette démarche à l’échelle nationale, tout en la mettant en œuvre localement, a permis de mieux communiquer, de diffuser les idées et, surtout, de faire évoluer les pratiques à tous les niveaux. »

Le Label ÉcoQuartier encourage et accompagne les collectivités et les aménageurs qui souhaitent s’engager dans des projets intégrant les grands principes de l’aménagement durable : participation des habitants, gestion de l’eau, efficacité énergétique, mobilité durable et qualité des bâtiments.

Plus récemment, la démarche a été actualisée avec la publication d’un Guide de l’aménagement durable, qui vise à mieux outiller les acteurs publics et privés dans la planification et la réalisation de ces projets. Le guide propose des objectifs ainsi que des questions clés à se poser afin de concevoir des aménagements qui intègrent l’ensemble des dimensions du développement durable.

Il y a beaucoup de projets qui ne vont pas chercher le label ÉcoQuartier, mais qui s’inspirent des exemples existants, utilisent le Guide de l’aménagement durable et échangent avec d’autres élus [...]. L’idée, c’est vraiment de diffuser ces pratiques dans l’ensemble des projets d’aménagement durable. »

Un levier incontournable: La maîtrise foncière avec une gouvernance partagée

En France, la majorité des projets d’écoquartiers se développent sur des terrains dont la collectivité maîtrise le foncier, souvent d’anciennes friches militaires, industrielles ou ferroviaires. Les terrains peuvent ainsi être cédés, sous forme de charges foncières, à des promoteurs privés pour la construction de logements, de commerces, d’entreprises ou encore d’équipements collectifs. 

Parallèlement, la collectivité peut réaliser ou moderniser les infrastructures nécessaires au quartier — voiries, transports collectifs, réseaux de mobilité active et espaces verts — afin d’assurer la cohérence et la qualité de l’aménagement.

De plus, les collectivités font souvent appel à des sociétés d’aménagement publiques pour réaliser les projets d’écoquartier. Leur rôle est multiple: soutenir et conseiller les collectivités, faire le montage financier, acquérir et vendre les terrains, coordonner la concertation entre les différents acteurs, et suivre la réalisation des aménagements. Ces sociétés ont l'avantage de pouvoir investir dans les infrastructures avant d’avoir les recettes issues de la vente des terrains.

L’intérêt de la démarche ÉcoQuartier, c'est un portage public fort — souvent en partenariat avec des acteurs privés — et une économie de projet bien pensée, pour pouvoir absorber les coûts liés aux transformations urbaines. »

L’intégration de l’adaptation aux changements climatiques dans la démarche

Au fur et à mesure de la diffusion de la démarche, l’adaptation aux changements climatiques est devenue un enjeu central. Si les écoquartiers ont toujours été conçus avec des objectifs environnementaux — gestion des îlots de chaleur, optimisation de l’efficacité énergétique, etc. — la réflexion va désormais plus loin, vers la résilience des projets sur le long terme.

Un autre principe clé est la sobriété foncière, qui se traduit de plusieurs façons: implanter les écoquartiers aux bons endroits pour préserver les sols, sélectionner avec soin les territoires et pratiquer le recyclage urbain, notamment par la décontamination et la requalification de friches industrielles ou ferroviaires.

Ce qu’on a vraiment appris de cette démarche, c’est que penser l’aménagement durable, c’est penser la durabilité, l’adaptation, l’évolution et la réversibilité. Ce sont ces éléments clés qui permettent de concevoir les territoires de demain, capables de répondre aux évolutions de la société, du climat et des besoins, sans avoir à revenir dessus à chaque fois. Et, économiquement, c’est beaucoup plus efficace, tout comme pour la qualité de vie dans ces territoires. »

Et du côté de l'Allemagne?

L'Allemagne, et en particulier l’État du Baden-Württemberg, a ouvert la voie dès les années 1990 à des quartiers durables emblématiques comme Vauban ou Rieselfeld. Au-delà de leur exemplarité en matière d’environnement, ces quartiers offrent des enseignements sur la planification de milieux de vie complets, sur le rôle des acteurs publics et privés, sur l'implication des différentes parties prenantes dans des démarches à long terme, ainsi que les vertus des projets d’autopromotion. 

Pour explorer ces démarches et tirer des leçons de l’expérience allemande, Catherine Boisclair, coordonnatrice – Pratiques collaboratives chez Vivre en Ville, s’est entretenue avec Matthias Schuster, architecte et urbaniste allemand.

Regarder l'entrevue.

À propos d’Annabelle Ferry  

Annabelle est architecte et urbaniste. Depuis 2022, elle est à la tête de la direction Territoires et ville du Cerema. Elle a travaillé comme architecte-urbaniste dans un bureau d’études du groupe SNCF puis sur les politiques d’aménagement, de mobilité et d’infrastructures au Commissariat général à l’égalité des territoires. Aujourd’hui, elle œuvre au Cerema, un établissement public français de référence en aménagement. Elle y accompagne l’État et les collectivités dans la transition écologique et climatique des territoires, notamment à travers des démarches comme les écoquartiers.

Pour aller plus loin

Contenu créé dans le cadre de

Projet «Optimiser l'urbanisation»

Ce contenu a été créé dans le cadre des activités du projet «Optimiser l'urbanisation», réalisé grâce à l'aide financière du ministère des Affaires municipales et de l’Habitation.

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