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L’habitation n'est pas une histoire de maisons

Les maisons ne savent pas qu’elles existent. Le territoire ne sait pas qu’il est habité. Le climat ne sait pas qu’il change. Les routes ne savent pas où elles vont. 

Vivre en Ville
  • Auteurs Adam Mongrain , Emilie Poirier
  • Date de publication 16 juin 2026
    Date de mise à jour 23 juin 2026
  • Thème associé

Ce sont des évidences. N’est-ce pas? Pourtant, nos débats publics accordent beaucoup d’attention aux composantes du territoire, aux phénomènes qu’on y observe, alors que nos préoccupations devraient plutôt porter sur les personnes qui y vivent!

Derrière chaque décision d’aménagement se cache une question profondément humaine. Qui pourra vivre ici? Qui devra partir? Qui profitera des changements? Qui en assumera les coûts? Qui pourra profiter de ce qu’un milieu de vie a à offrir? Qui en sera privé?

Les bénéficiaires, mais aussi les victimes de nos choix d’aménagement du territoire, sont toujours des personnes, pas des choses. Des gens comme vous et moi. Mais aussi les autres qui ne nous ressemblent pas. Des personnes avec des réalités, des besoins et des aspirations qui leur sont propres et qui sont tout aussi légitimes!

Pourtant, on nomme rarement ces aspirations. C’est plus confortable de parler de «pression sur le marché locatif» que de familles qui n’ont plus les moyens de se loger. Ces discussions sur les technicalités sont nécessaires, mais elles demeurent des moyens, non des fins.

Prenons l’exemple de la gentrification.

Dans le domaine de l’habitation, nous en débattons abondamment en se questionnant sur les loyers, les valeurs foncières et les types de projets immobiliers. Il est plus rarement question des personnes elles-mêmes. Or, lorsqu’un quartier change, la frontière entre le voisin et l’étranger se redessine inévitablement. Certaines populations sont parfois remplacées, d’autres apprennent à se côtoyer et à vivre ensemble. Ça chamboule des vies. 

Choisir d’accueillir, de freiner ou d’encadrer ces transformations est un choix de société. Il n’existe pas de réponse neutre. Chaque décision favorise certaines trajectoires et en ferme d’autres.

Ne pas nommer explicitement cette réalité ne nous libère pas de cette responsabilité. Cela nous condamne simplement à laisser ces choix se faire sans en débattre.

Nous avons tendance à nous concentrer sur les tactiques pour résoudre les grands enjeux de notre époque. Mais derrière chaque débat sur l’habitation, le climat ou l’aménagement du territoire se cachent des questions beaucoup plus fondamentales. Quelle société souhaitons-nous construire? Quelle place voulons-nous nous accorder les uns aux autres? Quels compromis sommes-nous prêts à accepter collectivement?

Ces questions sont inconfortables. Elles exigent davantage de nous que la recherche de solutions immédiates. Elles nous obligent à parler ouvertement de nos valeurs, de nos aspirations et de notre vision du vivre-ensemble.

Au bout du compte, le cadre bâti et l’aménagement du territoire ne seront jamais que les traces visibles des décisions que nous aurons prises à propos des gens, à propos de nos valeurs.

Les maisons ne savent pas qu’elles existent. 

Certains, en revanche, savent ce que signifie ne plus avoir de toit sur la tête. Et à l’approche du 1er juillet, cette idée nous est plus insupportable que jamais.

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