Cessons d'éteindre des feux un été à la fois
Si vous lisez cette chronique, je crois que vous êtes au fait que nous sommes pas mal dans le pétrin. Je ne remettrai pas de l'avant les multiples crises auxquelles nous faisons face (malgré le fait que l'unique moment où nous en aurons trop parlé sera lorsqu'elles seront derrière nous). Étayons plutôt une vision. Un objectif. Un idéal. Des transports collectifs accessibles et efficients, un air sain tout au long de l'année, des infrastructures sociales qui unissent les communautés, des territoires adaptés aux bouleversements, des logements décents et abordables pour toutes et tous, et j'en passe. Ce serait beau, non? Un idéal où chacune et chacun vit dans un milieu de vie qui répond à ses besoins essentiels. Aller porter les enfants à la garderie à pied, prendre l'autobus à haute fréquence pour rejoindre le travail, et retrouver ses voisins le soir, dans un parc à distance de marche plutôt que de s’enliser dans une file de voitures.
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Auteur Thalie Labonté
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Date de publication 13 juillet 2026Date de mise à jour 14 juillet 2026
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Cet idéal, il est réel. Mais on ne peut pas l'atteindre projet par projet, à la pièce. Il faut planifier. Chaque crise que l'on adresse séparément gruge les mêmes budgets, les mêmes calendriers, les mêmes expertises, d'où l'intérêt d'une planification intégrée pour optimiser nos ressources vers un but commun.
Récemment, lors du congrès de l’Ordre des urbanistes du Québec et de l’Institut canadien des urbanistes, Isabelle Picard, ethnologue Wendat, expliquait comment le territoire ne nous appartient pas, mais que nous appartenons plutôt au territoire. Le territoire nous unit, quelle que soit notre classe sociale, notre origine, notre localisation. On en hérite, on le transforme, et on le lègue à celles et ceux qui suivent.
Alors si le territoire nous unit toutes et tous, s'il regroupe toutes les crises en un seul et même espace, pourquoi continue-t-on à l'aménager une crise à la fois?
Parce que c'est bien ça qui se passe. On construit un projet de logement abordable ici, une piste cyclable là, un plan de résilience aux inondations ailleurs. Chacun dans son silo, chacun avec son propre échéancier, chacun se disputant les mêmes ressources. Résultat? On gagne parfois une bataille. Rarement la guerre.
Planifier, vraiment planifier, ça veut dire arrêter de traiter le logement, la mobilité, le climat et la santé publique comme des dossiers séparés. Ça veut dire de les penser ensemble, pour un territoire commun, avec toutes les actrices et tous les acteurs autour de la table. Et ça, les municipalités le savent. Elles sont aux premières loges. Mais être aux premières loges ne veut pas dire avoir les moyens d'agir. Les municipalités façonnent ce territoire, mais elles n'ont ni les leviers fiscaux, ni parfois l'expertise, ni la prévisibilité budgétaire pour planifier à long terme plutôt que de réagir projet par projet.
Une municipalité peut bien vouloir planifier sur dix, quinze, vingt ans, mais si son financement se décide par projet, elle finit par gérer l'urgence plutôt que de construire une vision. Si elle n'a pas d'urbaniste ou d'expertise en adaptation climatique à l'interne, elle improvise avec les moyens du bord. Et si les exigences d'un ministère contredisent celles d'un autre ou bien que les programmes financiers ne sont pas en adéquation avec les besoins réels, la municipalité se retrouve à jongler plutôt qu'à bâtir.
Alors, de quel appui a-t-elle besoin, cette municipalité qui veut faire les choses différemment? D'un financement prévisible sur plusieurs années. De leadership national et de réels pouvoirs en matière d'aménagement et de fiscalité foncière, pour que la planification ne reste pas un vœu pieux faute de leviers. D'un accompagnement concret en expertise, surtout pour les plus petites municipalités qui n'ont ni le budget ni le bassin de main-d'œuvre des grands centres. Et enfin d'une cohérence entre les ministères pour qu'agir sur l'habitation ne défasse pas ce qu'on tente de bâtir en transport, et vice versa.
Ce n'est pas de la bureaucratie. Ce sont des conditions pour que l'idéal cesse d'être un rêve.
Parce qu'au fond, ces enfants qui marchent jusqu'à la garderie, cet autobus qui passe aux dix minutes, cet air qu'on respire sans y penser douze mois par année, ça ne tombe pas du ciel. Ça se planifie. Et ça, on ne peut pas le faire seuls, une municipalité à la fois.
L'enjeu n'est plus de savoir si on doit agir, mais plutôt de se donner enfin les moyens de le faire. Sinon, on continuera à éteindre des feux, un été après l'autre.
C'est pourquoi, à l'approche des élections québécoises de 2026, Vivre en Ville appelle les formations politiques à prendre trois engagements structurants pour des milieux de vie complets, abordables et durables, partout au Québec.
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Adopter un nouveau plan de mise en œuvre ambitieux de la Politique nationale de l’architecture et de l’aménagement du territoire (PNAAT).
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Adopter un objectif entre 5 et 7 % d'inoccupation des logements dans les milieux déjà urbanisés, et ce sans étalement urbain.
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Adopter un nouveau plan d’action pour la Politique de mobilité durable qui solutionnera les problèmes structurels de financement des réseaux en collaboration avec le milieu municipal.
Donc, est-ce que tout ça restera un idéal, ou est-ce qu'on se donne collectivement les moyens de le construire?