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Bien planifier, c’est ce qui donne des résultats

Vivre en Ville

Une bonne planification est garante du succès d’un projet. Dans How Big Things Get Done, Bent Flyvbjerg et Dan Gardner défendent cette idée simple, données à l’appui: les projets qui réussissent sont ceux qu'on prend d’abord le temps de bien planifier. Mieux vaut réfléchir davantage au départ pour agir efficacement ensuite. «Plan slow, act fast».

Ce livre n’est d’ailleurs pas passé inaperçu au gouvernement du Québec. Plusieurs ministres l’ont lu dans les dernières années. 

Jonatan Julien et Geneviève Guilbault, alors respectivement ministre responsable des Infrastructures et ministre des Transports et de la Mobilité durable
Source: Radio-Canada

Ces principes dépassent les grands projets d’infrastructures et devraient guider nos politiques publiques. 

Pourtant, le gouvernement québécois mise de plus en plus sur une autre recette: des «superpouvoirs» pour déroger à la réglementation en place, par exemple pour accélérer les projets d’habitation. Ce pouvoir de dérogation peut certainement être utile. Nous avons d’ailleurs appuyé son utilisation par les municipalités à quelques reprises. Or lorsqu’on fait de la dérogation une réponse centrale à nos problèmes, on se met des œillères.

L'intention était d'ailleurs la même avec le très critiqué projet de loi Q5 qui visait à accélérer les projets d'envergure national, et qui est finalement mort au feuilleton.  

Est-ce que cette propension à contourner les processus va s'accroître au courant des prochaines années? À quelques mois de l’élection québécoise de 2026, la question se pose. 

Planifier l’aménagement avec courage

Si la réglementation en place ne permet pas de développer les milieux de vie dont nous avons besoin, la question ne devrait pas toujours être «Comment pouvons-nous déroger aux règles?», elle devrait être «Comment adapter les règles pour mieux aménager notre territoire?». Sinon, on navigue à vue. 

Nous avons d’ailleurs déjà une boussole. Il s'agit de la Politique nationale de l’architecture et de l’aménagement du territoire (PNAAT). Adoptée en 2022, elle proposait une vision ambitieuse et responsable pour mieux habiter notre territoire. Son premier plan de mise en œuvre arrivera à échéance en 2027.

Cette vision a été largement saluée et devrait continuer de nous servir de repère. C’est précisément le cœur du premier des engagements proposés aux formations politiques par Vivre en Ville: planifier l’aménagement avec courage. Cela passe d’abord par le renouvellement du plan de mise en œuvre de la PNAAT.

Le premier plan quinquennal a permis certaines avancées, comme l’adoption des nouvelles Orientations gouvernementales (OGAT), mais il faut maintenant lui donner une suite ambitieuse. Face aux crises de l’habitation, des infrastructures, de la mobilité et du climat, nous devons mieux orienter l’aménagement du territoire, plus tôt et avec une vision à long terme.

Et les maisons mobiles 4.0?

Le gouvernement du Québec mise actuellement sur un nouveau programme pour financer des quartiers de «maisons mobiles 4.0» préfabriquées. L’objectif de construire des maisons moins chères et favoriser l’accès à la propriété est franchement séduisant. 

La maison unifamiliale est évidemment une forme d’habitation tout à fait légitime. Plusieurs ménages la souhaitent. Mais subventionner de nouveaux quartiers reposant principalement sur ce modèle semble moins bien répondre à la diversité des besoins des ménages et aux changements démographiques, en plus de poser de sérieuses questions: investir ainsi les fonds publics risque-t-il d’empirer les problèmes d’habitation et d'infrastructures en étalant davantage l’urbanisation au Québec?

La question n’est pas de savoir si les maisons préfabriquées sont une bonne ou une mauvaise idée. C’est de savoir où et comment nous les construisons, et si elles répondent à la diversité des besoins des ménages d’aujourd’hui et de demain. Si elles consolident des milieux déjà urbanisés, utilisent mieux les infrastructures existantes et créent des milieux de vie complets, elles peuvent contribuer à la solution. Si elles repoussent les limites de nos villes, il faut se demander sérieusement si cela contredit la vision de la PNAAT.

La PNAAT est claire sur les coûts collectifs de l’étalement urbain. Elle rappelle que celui-ci entraîne «des investissements massifs en fonds publics» pour l’ajout et le maintien à long terme de nouvelles infrastructures: routes, aqueducs, égouts, écoles et autres équipements collectifs. Elle souligne aussi que lorsque ces infrastructures desservent moins de personnes, elles exercent une pression sur les ressources des citoyennes et citoyens et sur les finances du Québec.

Autrement dit, le prix d’une maison ne suffit pas à mesurer le coût d’un projet pour la société. Il faut aussi considérer le coût du milieu de vie qu’on construit autour d’elle. Cette question des coûts liés aux formes d’urbanisation a été abordée aux États généraux sur les infrastructures. Elle doit être au cœur de nos choix.  Deux projets résidentiels peuvent produire le même nombre de logements tout en générant des coûts très différents, comme le démontre l’illustration publiée par le ministère des Affaires municipales et de l’Habitation il y a quelques années.

Source: MAMH, 2021

C’est pourquoi l’aménagement du territoire est si important. Il permet d’anticiper les besoins, de coordonner les investissements publics et de réduire les coûts collectifs.

Une politique d’habitation efficace doit augmenter l’offre là où les infrastructures existent déjà, dans des milieux complets et bien desservis, et favoriser une diversité de logements.

Cette logique dépasse l’habitation. Elle vaut pour les routes, le transport collectif, les écoles, les quartiers et les grands projets publics. Prioriser l’existant doit devenir notre priorité absolue, comme l’affirment de nombreuses organisations économiques, environnementales et sociales. 

Les défis qui nous attendent sont nombreux: habitation, infrastructures, mobilité et adaptation aux changements climatiques. Ils ne se régleront pas à coups de dérogations ou de mesures isolées. Ils exigent une vision d’ensemble.

Bien planifier, c’est se donner les moyens de réussir. Au Québec, nous avons déjà commencé avec la PNAAT, mais il faudra aller beaucoup plus loin, sans perdre le nord. 

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