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Clés de succès d’une gouvernance alimentaire inclusive efficace

La transformation du système alimentaire pour le rendre durable et équitable repose sur des acteurs et actrices provenant de nombreux secteurs, aux domaines d’intervention, expertises et objectifs différents. Elle implique leur rapprochement, leur mobilisation continue et la prise de décisions collectives autour d’enjeux complexes. À travers sa communauté de pratiques Gouvernance alimentaire inclusive, entre 2022 et 2025, Vivre en Ville a fait émerger de nombreuses solutions pour surmonter les défis de la gouvernance alimentaire.

Source: Catherine Martel

La gouvernance alimentaire d’un territoire désigne l’ensemble des relations et des dynamiques entre les différents acteurs et les échelles d’intervention territoriales permettant d’orienter, de planifier et de coordonner les composantes du système alimentaire. 

Pour un territoire ou un projet donné, un modèle de gouvernance articule précisément la manière dont les décisions sont prises, par qui, selon quels processus et quelles règles; il décrit aussi les modalités pour la participation des parties prenantes, les responsabilités clés ainsi que les mécanismes de coordination, d’évaluation et de redevabilité.
Source: Vivre en Ville, et adapté de MAPAQ, 2022

Des projets qui nécessitent des collaborations

Un milieu de vie complet favorise l’accès à une saine alimentation. À ce titre, on observe actuellement au Québec l'expérimentation de nombreuses solutions aux iniquités d’accès à une saine alimentation sous forme de projets structurants ancrés dans le territoire:

  • le réemploi alimentaire;
  • l’optimisation et la mutualisation du transport et de l’entreposage des aliments;
  • des programmes de coupons de fruits et légumes;
  • des coopératives alimentaires et d’autres initiatives collectives de proximité;
  • des marchés publics et mobiles;
  • l’approvisionnement local et solidaire des institutions;
  • la planification alimentaire territoriale et d’autres outils d’aménagement du territoire;
  • la mise en place d’une gouvernance alimentaire territoriale au sein de démarches nourricières.

D’autres initiatives à l’échelle nationale sont également en cours et comportent une dimension territoriale:

  • un programme d’alimentation scolaire universel;

  • un programme de revenu minimal ou de sécurité sociale de l’alimentation;

  • une loi cadre sur le droit à l’alimentation.

Ces initiatives réunissent autour d’une même table de multiples secteurs qui apprennent à travailler ensemble et à co-créer des interventions structurantes qui modifient durablement les dynamiques dans les territoires. Tous ces projets travaillés collectivement mettent les bases pour le développement de gouvernances alimentaires territoriales inclusives, qui pourront éventuellement soutenir la mise à l’échelle de solutions complémentaires et coordonnées sur le territoire.

Quelques constats sur la gouvernance alimentaire inclusive

Les défis de la gouvernance alimentaire territoriale 

La gouvernance alimentaire territoriale fait ressortir certains défis, tels que: 

  • la mobilisation et le rassemblement sur le long terme d’une diversité d’acteurs et d’actrices engagés;

  • le savoir-faire, la légitimité et les connaissances pour se doter d’une structure formelle de consultation et de prise de décision; 

  • le tissage de liens avec les autres paliers décisionnels;

  • la capacité à rejoindre toutes les personnes du territoire, en favorisant l’inclusion, l’équité et la libre expression.

Des connaissances qui évoluent rapidement

Panel sur différents modèles de gouvernance alimentaire régionale au Québec, animé par Vivre en Ville dans le cadre du premier Forum SAT en 2022. Source: Matthew Gaines.


Entre 2022 et 2025, Vivre en Ville a organisé et animé la communauté de pratique Gouvernance alimentaire inclusive regroupant de nombreux acteurs et actrices au Québec et qui a mené à de nombreux apprentissages. Dès le début des travaux, les porteurs de démarches de gouvernance ont exprimé un besoin de soutien pour structurer les réflexions et réduire les angles morts. Les partenaires cherchent notamment à comprendre comment réunir les parties prenantes du territoire autour d’une vision commune, comment rendre pérenne le déploiement d’actions, mais également comment arbitrer entre les préoccupations des différents secteurs et entre les conceptions différentes du système alimentaire.

Au fil des échanges, la communauté de pratique a démontré son expérience de multiples enjeux et bonnes pratiques de gouvernance. Parmi les plus cités:

Enjeux rencontrés
  • les ressources pour pérenniser les démarches au-delà de la phase du lancement, les courts délais des appels à projet et la lourdeur administrative du financement;
  • les ressources humaines. P. ex. le roulement et le départ de personnes mobilisatrices ou détentrices de savoirs, la fatigue et la démobilisation;
  • l’organisation du travail. P. ex. la sollicitation à trop de comités dont les mandats ne sont pas clairs, le manque de clarté sur les rôles et responsabilités entre partenaires.

Bonnes pratiques

  • l’élaboration d’une charte de gouvernance pour clarifier les rôles et les modalités de la gouvernance;

  • la transparence et l’équité dans les modalités de participation et la prise de décision; 

  • les liens intersectoriels et la diversité des milieux et des échelles d’intervention au sein des comités;

  • des projets concrets pour mobiliser les entreprises et la volonté politique.


Les leçons à retenir

Une gouvernance se développe sur le long terme avec des efforts soutenus

Les porteurs de démarches en gouvernance alimentaire ayant participé aux réflexions sont unanimes: il est primordial de ne pas sous-estimer le temps nécessaire pour apprendre à se connaître et de respecter le rythme des partenaires.

Il existe différents modèles de gouvernance dans nos territoires, à différentes échelles, et idéalement interconnectées pour plus d’impact.. Le retour sur expérience montre que les porteurs de démarches apprennent à composer avec l’importance, la complexité et le rythme particulièrement lent du travail en gouvernance. Certaines réflexions doivent parfois mûrir plusieurs mois; des changements de postures s’opèrent sur des périodes encore plus longues. 

Des angles morts deviennent évidents. Au cours d’un processus d’autodiagnostic et de réflexion dans le cadre de la communauté de pratique, certaines leçons émergent: «on réalise qu’on ne collabore pas tant que ça, on se voit plus avancé qu’on l’est», ou encore: «ce n’est pas stratégique de prendre le leadership de la gouvernance – nous on ne peut pas faire ça sur un bout de table». 

«Momentum = patience, temps, confiance, opportunités. Ça nous a pris huit ans pour que l'urgence d'agir de façon commune se fasse ressentir plus fortement. La confiance acquise lors de ces huit ans fait désormais toute la différence dans l'intérêt des partenaires et la motivation.»
— Marianne Julien, Communauté métropolitaine de Québec

«Je n'avais pas une bonne connaissance des instances en place et des réflexions en cours. Mon mauvais coup: tenter d'avancer plus vite ou en parallèle des réflexions en cours. À l'échelle régionale, ça bouge très lentement. Ma leçon (selon mon expérience à la TIR-SHV): prendre son temps en arrivant dans une démarche de gouvernance alimentaire. Poser plus de questions que pas assez. On a tous des visions différentes de ce qu'est une ''gouvernance parfaite'', ça peut prendre du temps avant de s'en approcher. »
— Membre de la Communauté de pratique en gouvernance alimentaire inclusive de Vivre en Ville.

Une gouvernance au service des besoins des personnes les plus affectées

Certains groupes vivent davantage les impacts d’un système alimentaire défaillant; les personnes vulnérables, de petites exploitations agricoles, des organismes communautaires. Il devient primordial d’aligner et de coordonner les interventions et les innovations pour les garder cohérentes et en proximité aux besoins de ces derniers.

Si les principes d’équité, de diversité et d’inclusion sont largement reconnus comme étant importants au sein de la gouvernance alimentaire, les porteurs de concertations et de projets disposent encore peu de repères et de compétences en la matière. Plusieurs porteurs partagent les défis de s’assurer que le langage sera approprié et que les consultations publiques et la participation des populations vulnérables auront un réel impact. Le format des consultations et des instances de gouvernance sont parfois problématiques lorsque certaines personnes ne peuvent pas y assister.

Quelques pistes de solutions à privilégier:

  • inclure les personnes ciblées dès le début des démarches  afin de les co-concevoir;
  • choisir les modes de participation et de consultation en fonction de l’acteur (p. ex. offrir des modalités alternatives de participation comme les pique-niques ou les rencontres gourmandes, qui sont très populaires auprès du public;
  • se donner les moyens d’un accompagnement externe pour la consultation;
  • permettre aux personnes d’exprimer leurs besoins, leurs craintes et leurs préoccupations à travers des outils ou espaces adaptés (p. ex. commentaires anonymes en ligne); 
  • accompagner les personnes ayant moins d’expérience en gouvernance et ne pas sous-estimer l’importance du besoin de se sentir écouté.

Une coordination est nécessaire pour une vision globale et la gestion du changement

Là où une coordination légitime apparaît en gouvernance, une réelle alliance locale se développe et la transformation du système alimentaire peut devenir plus que la simple somme de projets sur le terrain. Plusieurs régions et territoires sont cependant dénués d’instances ou de porteurs reconnus pour coordonner l’ensemble des actions collectives intersectorielles au sein du système alimentaire. 

L’absence d’une coordination peut rendre difficile de se doter d’une vision commune et systémique et crée un risque d’effets pervers pour les planifications. Malgré les bonnes intentions, elle peut limiter l’avancement vers une réelle planification stratégique concertée, si elle entretient une action à la pièce, une vue en silo de l’alimentation ou une compréhension incomplète, biaisée ou erronée du fonctionnement du système alimentaire. 

Une coordination efficace et expérimentée permet l’adaptation en continu, car les concertations voient parfois des périodes de démobilisation et d’essoufflement, parfois même d’épuisement. Les coordinations ou autres porteurs des démarches de gouvernance alimentaire doivent savoir adapter le discours et transformer leur langage pour trouver des points de convergence entre les partenaires, voire même de jouer le rôle de médiateur. Savoir aller au-delà de la frustration devant les divergences d’opinion et les conflits interpersonnels est une compétence importante à développer. 

Questionnaire de réflexion, 2025:
Q: Si j'avais à partager un conseil à moi-même lorsque j'entrais en poste, ce serait…
R: «Que tu n'as aucune responsabilité du vécu des autres. Les tensions leurs appartiennent et tu ne pourras JAMAIS dénouer les tensions du passé.»
— Membre de la communauté de pratique

L’insuffisance du financement pour la concertation (notamment régionale) et la sous-valorisation de ses retombées représente un verrouillage considérable. «Le manque de liquidités limite la possibilité d'engager une coordination. Ainsi, plusieurs organismes doivent porter ces initiatives à bout de bras, ce qui les rend moins attrayantes et plus difficiles à pérenniser. Cette situation complique également le développement et la structuration des projets à long terme», témoigne Mélissa Guillette de la TIR-SHV du Centre-du-Québec dans la communauté de pratique sur la gouvernance alimentaire.

Clarifier les contributions et démontrer les bénéfices complémentaires des collaborations

Dans un contexte de sous-financement et d’incertitude sur les retombées des démarches nourricières pionnières, on constate l’importance de sensibiliser divers acteurs quant au rôle essentiel qu’ils peuvent jouer au sein de la démarche. Investir des ressources (matérielles, en temps, etc.) peut être un frein pour certains partenaires, c’est pourquoi il faut formuler la plus-value qu’en retire chaque secteur. Lorsque des partenaires intersectoriels s’assoient et  discutent de pistes de solutions et de responsabilités respectives face à un projet précis, des idées nouvelles, adaptées au territoire et mobilisatrices émergent.

La majorité des porteurs de démarches locales et régionales en alimentation reconnaissent l’importance de démontrer les bénéfices sociaux, économiques et environnementaux complémentaires d’une action collective en alimentation.
Source: Vivre en Ville.


Nourrir tous les milieux est l’affaire de tous même si ce n’est pas évident

Au sein des démarches nourricières réside la conviction que la sécurité alimentaire et l’accès à une saine alimentation sont l’affaire de tous les secteurs et que chacun peut y contribuer à sa manière. Toutefois, on note un malaise concernant la vision marchande de l’alimentation et l'impératif de rentabilité portée par le secteur privé: si une entreprise priorise ses revenus et sa propre survie, il lui devient difficile d’assurer son engagement continu dans une démarche de nature collective lorsque les conditions économiques deviennent moins favorables. On observe donc un choc de culture entre le milieu économique et le social-communautaire, relativement au langage, au mode et à la rapidité de prise de décision, au type de consultation des partenaires et à la création de consensus. 

Néanmoins, une entreprise du secteur privé peut parfois constituer l’allié qu’il faut pour diversifier le financement, sortir des canaux alternatifs et mettre à l’échelle certaines stratégies des démarches nourricières. Son implication offre l’opportunité de nourrir une approche gagnant-gagnant et un discours qui valorise que la lutte contre l’insécurité alimentaire est l’affaire de tous les secteurs, incluant des milieux économiques.

Pour que ce soit plus facile: 

  • tenter de se comprendre plutôt que d’essayer de se changer – devant les divergences, on doit assumer des bonnes intentions de la part des autres acteurs et actrices, même si on ne comprend pas tout à fait leur position;

  • à travers un leadership rassembleur, lorsque des acteurs et actrices guidés par des objectifs différents se réunissent autour d’une vision commune, changer de perspective pour augmenter l’impact.

Évaluer les effets des démarches nourricières mobilise et contribue à une gouvernance plus efficace

Les démarches nourricières locales recherchent un ensemble de bénéfices, de nature tant économique et sociale qu’environnementale. Le développement d’une culture d’évaluation est perçu comme une condition gagnante à privilégier afin de mettre en valeur de façon objective ces bénéfices. L’évaluation et ses processus doivent être vulgarisés et simplifiés, et soutenus à travers l’expertise et les ressources de partenaires tels que le milieu académique et les instances régionales en santé publique (Jalbert-Arsenault et Fafard 2026). Certaines approches permettent la contribution de l’ensemble des partenaires à la détermination d’indicateurs à suivre et plusieurs auront même le rôle de récupérer un petit nombre des données dans leur champ d’action afin de renseigner l'avancement de la démarche vers plus d'accès à une saine alimentation. 

Un nombre substantiel de facteurs influence indirectement l’accès à une saine alimentation pour tout le monde, à long terme, dans le cadre de systèmes alimentaires plus durables et résilients. Par exemple, sans protection des milieux naturels et des terres agricoles, sans réduction des pertes et du gaspillage alimentaire, sans pérennité des entreprises, sans modification des comportements, l’accès à une saine alimentation ne sera que de courte durée et portée. C’est pourquoi la considération d’un ensemble de données et d’indicateurs s’impose.

Références

FORUM SYSTÈMES ALIMENTAIRES TERRITORIAUX (2023). Bilan du Forum SAT 2022, Montréal.
FORUM SYSTÈMES ALIMENTAIRES TERRITORIAUX (2025). Tissés serrés – Le maillage pour renforcer les systèmes alimentaires territoriaux, Montréal.
JALBERT-ARSENAULT, Élise et Andrée FAFARD (2026). L’évaluabilité de projets visant à favoriser l’accès aux aliments sains : guide, Institut national de santé publique du Québec (INSPQ), Québec.
Contenu créé dans le cadre de

Projet «Nourrir tous les milieux»

Ce contenu a été créé dans le cadre des activités du projet «Nourrir tous les milieux», financé dans le cadre de la Politique gouvernementale de prévention en santé du Gouvernement du Québec.

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