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Enfin radical?

La photo du premier ministre devant le Hummer fait d’abord réagir sur les réseaux sociaux. On note l’incohérence, la dissonance, la contradiction. Ensuite, la controverse s’étend aux médias grand public. Subitement, la radicalité (dans le sens propre du terme) percole dans le discours grand public.

Le 29 mai dernier, le gouvernement annonçait en grande pompe la construction de l’usine de composantes de batteries pour véhicules électriques, premier résultat concret de sa grande ambition de mettre le Québec au cœur de l’économie de l’électrification des transports. 

Cette annonce, qui devait permettre au gouvernement de reprendre l’initiative dans un début de mandat difficile, a fait chou blanc, comme le décrit dans une excellente analyse la chroniqueuse Isabelle Hachey. Au cœur de cet échec, les circonstances, bien sûr: en politique, “timing is everything”, comme on dit. Or ce matin-là, on annonçait la mort du grand acteur Michel Côté, et les feux de forêts exceptionnels de ce printemps prenaient de l’ampleur. 

Aussi, il y a cette photo, celle qui coiffe cette chronique. Le premier ministre au lutrin, fier de son annonce, avec un Hummer électrique en arrière-plan. 

À la seconde où j’ai vu cette photo, une chape de plomb m'est tombée sur les épaules. En 2023? Malgré la science sur l’importance de la sobriété en transport? Qu’il s’agisse de consommation d’énergie, de sécurité routière ou de consommation de ressources, tout appelle à limiter la quantité et la grosseur de nos véhicules! Comment avait-on pu, en haut lieu, imaginer – et se réjouir – que l’image de marque de la transition énergétique et écologique, ce soit la fabrication de batteries pour Hummer! 

Bien sûr qu’il faudra fabriquer des batteries électriques pour des véhicules individuels, et ce, malgré tous nos efforts pour aménager des villes moins dépendantes de la voiture et développer les transports collectifs et actifs. Avoir autant de véhicules n’est pas viable, mais ne plus en avoir du tout, non plus. 

Mais non, la transition ne pourra pas passer par des Hummer électriques!!! 

Et c’est là que, pour moi, l’espoir pointe son nez. 

La photo du premier ministre devant le Hummer fait d’abord réagir sur les réseaux sociaux. On note l’incohérence, la dissonance, la contradiction. Ensuite, la controverse s’étend aux médias grand public, dont l’excellente chronique mentionnée plus haut. Subitement, la radicalité (dans le sens propre du terme, c’est-à-dire s’attaquer à la racine d’un problème) dépasse le cercle des spécialistes et des activistes pour percoler dans le discours grand public. Je n’aurais pu imaginer ça il y 5, 10 ans. 

Au final, la réaction populaire et médiatique est assez forte pour forcer les ministres Fitzgibbon et Charette à prendre leurs distances de cette image désastreuse. 

Ainsi, une annonce économique qui espérait faire l’unanimité s’est trouvée renversée par la seule image d’un camion décadent. C’est la radicalité qui, tout d’un coup, s’en trouve normalisée. Je cite Isabelle Hachey:  «On n’y arrivera pas comme ça. Il faut un plan. Il faut investir massivement dans la mobilité durable, disent les experts. Ça veut dire, entre autres, bonifier et électrifier les transports collectifs. Appliquer le principe du pollueur-payeur. Bref, se doter d’une véritable stratégie pour réduire le parc automobile de la province. Mais ce plan n’existe pas, à Québec. [...] Il faut un plan solide, un vrai. Il faut changer les mentalités. Et pour vraiment réduire notre impact carbone, il faudra du courage politique. Ça ne se fera pas tout seul. Ni en subventionnant la construction de Hummer, tout électriques qu’ils soient.» 

La voilà, la vraie bonne nouvelle de l’annonce de Bécancour du 29 mai dernier. La vraie bonne nouvelle, ce n’est pas le chiffre des investissements, ni celui des emplois créés. La vraie bonne nouvelle, c’est que la photo d’un premier ministre devant un gros camion, ce n’est plus une bonne nouvelle. C’est plutôt l’occasion de mettre en lumière, devant un large public, nos incohérences et la nécessité de faire des choix radicaux. Enfin. 

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